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Devenir auto-suffisant en légumes : le guide

Au menu du jour : boulettes à la viande de cheval venues tout droit de chez Ikea, céréales au glyphosate, et œufs à la coque contaminés au fipronil. La carte ne vous plaît pas ? Et pourtant, vous en avez déjà peut-être consommé. Car l’industrie agroalimentaire a été à l’origine de nombreux scandales alimentaires ces dernières années. Un phénomène alarmant qui pousse de plus en plus de Français à se méfier des produits dans les supermarchés et à cultiver leur propres aliments pour devenir autosuffisants. 

De quoi s’agit-il ? Pourquoi c’est important de s’y mettre ? Par quoi commencer ? Réponse dans ce guide pour devenir autosuffisant en légumes.

L’autosuffisance alimentaire, c’est quoi ?

Panier de légumes

Si le terme semble ne nous parvenir aux oreilles que depuis quelques années, l’autosuffisance est pourtant un concept vieux comme Mathusalem. Elle constituait en effet la norme avant que n’émergent de la terre les hypermarchés et autres temples de la surconsommation. Le concept est très simple : la personne autosuffisante est en mesure de subvenir à ses propres besoins sans dépendre de l’extérieur car elle possède ses propres ressources.

Appliquée à la nourriture, l’autosuffisance désigne quelqu’un qui peut produire ses propres aliments, sans avoir besoin d’en acheter en supermarché ou chez des producteurs locaux. Le tout afin d’atteindre l’autonomie alimentaire totale.

À l’origine, elle qualifie un pays qui peut satisfaire tous les besoins alimentaires de sa population grâce à sa seule production nationale. Cependant, le terme a été élargi et peut désormais s’appliquer à l’échelle de l’individu.

Pourquoi devenir auto-suffisant ?

Le phénomène du retour à la terre et à l’autogestion traduit un problème de fond ancré dans la société : le système agroalimentaire tel qu’il est conçu aujourd’hui n’est plus adapté. Il pose problème car il s’agit d’une industrie à la fois néfaste pour la planète et pour la santé des consommateurs. Devenir autosuffisant, c’est donc agir pour trois raisons :

Pour préserver l’environnement

Dans un contexte de mondialisation exacerbée, l’impact du système agroalimentaire pèse lourdement sur la planète. Et pour cause, une étude estime que, ensemble, les 20 principaux émetteurs de l’industrie laitière et de la viande produisent plus d’émissions de gaz à effet de serre que de nombreux pays de l’OCDE.

Ce n’est pas le seul chiffre alarmant, puisqu’un autre rapport montre que 70 % de la déforestation est liée à l’agriculture.

Cerise sur le gâteau : toute la chaîne alimentaire pèse pour un tiers des émissions de CO2. Face à ces constats dramatiques, de nombreuses voix s’élèvent pour repenser en profondeur le système alimentaire et lutter contre les géants du secteur. 

Car, de sa production à sa fabrication, la nourriture a un fort impact carbone. Il faut prendre en compte le transport, puisque certains aliments ne peuvent pas être produits localement. C’est le cas de l’avocat, qui est principalement produit au Mexique et doit être acheminé en avion jusqu’en France. Un trajet en première classe qui n’est pas sans conséquences, avec une lourde empreinte carbone.

Sans oublier le gaspillage alimentaire, qui est une donnée à considérer lorsqu’on parle de pollution du système agroalimentaire. Chaque année en France, selon l’ADEME, près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées, soit l’équivalent de 150 kg/hab./an. Pour lutter contre ce phénomène et contre les déchets alimentaires, de nombreux Français ont d’ailleurs entrepris une démarche zéro déchet.

Pour protéger sa santé et celle de ses proches

Mais l’industrie agroalimentaire, c’est aussi des scandales à répétition. Lait infantile contaminé aux salmonelles, animaux maltraités, poulet aux dioxines, maladie de la vache folle… Ces dernières années, ils se sont multipliés et ont défrayé la chronique, mettant en lumière les conséquences néfastes de beaucoup de produits de supermarché sur la santé. Bonbons, pizza et surgelés : tous les aliments ultra transformés auraient tendance à accroître le risque d’apparition d’un cancer.

En cause, les produits contenus dans les aliments eux-mêmes, mais aussi les additifs alimentaires, ou encore le bisphénol A contenu dans les emballages. Sans oublier les risques d’intoxication alimentaire, qui sont de plus en plus présents.

Pour faire des économies

En plus d’être mauvais pour la santé, les aliments achetés dans le commerce sont souvent chers et certains foyers ne peuvent pas se permettre de débourser autant d’argent dans les courses. En devenant autosuffisant en légumes et en fruits, vous réalisez des économies sur le long terme.

Autant de raisons de délaisser les hypermarchés et les aliments chimiques et se tourner vers un mode de consommation et de production alternatif. On observe d’ailleurs un phénomène de retour vers la terre, de volonté d’autosuffisance, qui ont été impulsés en grande partie par la crise sanitaire.

Pour beaucoup, il s’agit de protéger sa santé et celle de ses proches, d’agir contre le réchauffement climatique, mais aussi plus largement de se détacher d’un mode de vie lié à la surconsommation.

Autosuffisance : rêve ou réalité ?

Tomates du jardin

Dans un monde idéal, tout le monde pourrait être autosuffisant et gérer ses propres ressources. Mais dans notre société moderne, ce rêve bleu est-il seulement atteignable ? Si beaucoup sont tentés de crier à l’utopie devant l’ampleur de la tâche, d’autres ont bon espoir. Certes, il faudra bousculer un système entier pour y parvenir, mais Rome ne s’est pas faite en un jour. Pour le moment, chacun peut donc s’y mettre à son rythme. 

Pour la plupart, devenir totalement autosuffisant est quasiment impossible. Difficile de produire son miel, sa viande, ses légumes, ses céréales et ses produits laitiers quand on travaille la journée et qu’on doit s’occuper de sa famille… Beaucoup se recentrent donc sur l’autosuffisance en légumes et en fruits, qui semble être un objectif plus facilement réalisable. Cela permet de faire un premier pas sur le chemin de l’autogestion.

Le b.a.-ba d’un potager autosuffisant

Potager


Autant le dire tout de suite : atteindre l’autonomie alimentaire est un véritable challenge ! Un challenge stimulant, qui peut vous apporter bien des avantages. Si vous ne savez pas par quoi commencer, pas de panique, on vous donne les clés pour y voir plus clair. Une chose est sûre : vous devrez trouver un coin dans votre jardin pour y installer un potager autosuffisant.

Comprendre et évaluer ses besoins

Avant de réaliser votre potager, vous devrez estimer vos besoins. En effet, ils ne seront pas les mêmes selon que vous mangiez beaucoup ou peu, ou bien si vous devez nourrir deux ou cinq bouches. Pensez donc à bien noter vos habitudes alimentaires pendant une semaine ou deux, afin d’estimer les proportions et le type d’aliments que vous avez tendance à consommer.

Trouver l’emplacement idéal

Maintenant que vous avez estimé vos besoins, vous devriez avoir une idée de la taille du potager que vous souhaitez réaliser. Il vous reste désormais à trouver un emplacement adapté aux cultures sur votre terrain. Pour cela, certaines caractéristiques doivent être réunies :

  • Privilégiez un endroit ensoleillé et soyez attentif à l’exposition de votre potager. Car, pour bien mûrir et pousser, les légumes ont besoin de soleil. Réservez tout de même quelques parties ombragées pour les salades.
  • Protégez vos cultures du vent. En effet, les bourrasques ont tendance à faire baisser les températures et à dessécher le sol et les plantes. Il faut donc veiller à ce que votre potager soit entouré de grillages, de clôtures, ou bien encore de murs végétaux.
  • Évitez les pentes raides. Lorsqu’il y a des averses, l’eau coule le long du terrain et peut inonder votre potager.
  • Préférez un emplacement à proximité de la maison. Pour des raisons pratiques, il est recommandé d’installer son potager à côté de la maison, pour pouvoir réaliser la cueillette facilement et avoir les outils nécessaires à portée de main.

Choisir les légumes à cultiver

Bol de tomates


Il s’agit, d’une part, de sélectionner les légumes que vous consommez le plus et, d’autre part, d’opter pour ceux qui sont faciles à faire pousser. C’est le cas des pommes de terre par exemple, mais aussi des légumes suivants :

  • La laitue, 
  • Le concombre,
  • La blette,
  • La tomate cerise,
  • Le radis,
  • La carotte,
  • Le poireau,
  • La courgette,
  • Le poivron,
  • Les épinards.

Idem pour les fruits, que vous pouvez cultiver en créant de petites haies végétales. Framboisiers, pommiers, poiriers : ces arbres fruitiers vous fourniront de délicieux desserts, pour vous et toute la famille.

Trouver la technique de culture qui convient le mieux

Pour cultiver vos légumes, plusieurs techniques sont à votre disposition et il s’agit de trouver celle qui est adaptée à vos besoins. Parmi les plus populaires, on retrouve la culture sur butte, une pratique ancestrale déjà utilisée par les Mayas. Celle-ci comporte de nombreux avantages, puisqu’elle permet d’améliorer le drainage, mais aussi de favoriser une culture biologique et le compagnonnage. L’inconvénient ? La récolte est moins rapide et demande plus d’efforts que les techniques classiques. 

La culture en planches, elle aussi, est très plébiscitée par les jardiniers amateurs et experts. Il s’agit de planter en grandes lignes afin de faciliter l’entretien des plants. En revanche, cette technique ne protège pas vos légumes contre les parasites, qui peuvent facilement accéder aux plantes.

Appliquer les principes de la permaculture

Celles et ceux qui visent l’autosuffisance alimentaire sont souvent adeptes d’un mode de vie plus respectueux de la nature, et appliquent les principes de la permaculture.

Sa philosophie ? Laisser faire la nature plutôt que d’aller à son encontre. Pour cela, il s’agit d’imiter les processus naturels en créant un écosystème dans son jardin. À la clé : un système durable, autonome et équilibré, favorisant la biodiversité. Il s’agit en fait de puiser dans le spectacle de la nature et les techniques de cultivation ancestrales, pour éviter l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques.


Il existe dix règles d’or dans la permaculture :

  1.  Le sol doit être vivant et non pas totalement aseptisé,
  2. La biodiversité y est riche : les plantes cultivées sont variées,
  3. Il n’existe pas de monoculture (utilisation du compagnonnage),
  4. La quantité de déchets produits est quasiment nulle,
  5. L’utilisation de l’eau est optimisée au maximum (récupération de l’eau de pluie),
  6. Pas d’utilisation de produits chimiques pour ne pas faire violence à la nature,
  7. Des animaux domestiques sont introduits dans le potager pour recréer un véritable écosystème,
  8. Produire beaucoup sur une petite surface grâce à plusieurs techniques (cultures en hauteur, cultures étagées…),
  9. Une couverture permanente du sol via le paillage,
  10. Utiliser des solutions lentes et à petite échelle.

Pour mettre en application ces principes de la permaculture, l’observation est absolument essentielle. Il faut en effet prendre en compte les caractéristiques de votre terrain, la nature de votre sol, ainsi que le climat de la région dans laquelle vous résidez. Autant de facteurs qui influencent le choix de vos cultures et de vos techniques. Et souvenez-vous, c’est la nature qui vous dicte tous vos pas ! Certes, vous atteindrez l’autosuffisance en un laps de temps plus long, mais vous le ferez dans le respect de l’environnement.

Des petits élevages pour aller plus loin

Élevage de poules

Pas la peine de vous lancer dans un élevage de bovins ou de porcs pour atteindre l’autonomie alimentaire ! Il suffit simplement d’adopter quelques poules pour avoir des oeufs frais à volonté. Non seulement vous faites des économies, mais c’est également une source d’engrais naturel. Côté élevage, rien de plus facile : les poules se nourrissent de tous vos restes de repas sans sourciller.

Et pour celles et ceux qui raffolent du miel, il est également possible d’installer une ruche dans son jardin. Cela favorise la biodiversité et vous pourrez goûter aux joies de l’apiculture !