Heidemarie Schwermer, 69 ans, a tout de l’archétype de la grand-mère allemande. A un détail près. Il y a quinze ans, en mai 1996, elle a fait le choix de vivre sans argent. Impossible voire impensable, direz-vous ! Et pourtant, cette expérience, qui ne devait au départ durer qu’un an, s’est prolongée. A tel point que son initiatrice n’envisage plus de vivre autrement.

Les prémisses de cette idée un peu folle remontent aux années 1990. Après un divorce douloureux, Heidemarie, ancienne institutrice, s’installe avec ses deux enfants à Dortmund dans le nord-ouest de l’Allemagne, où elle ouvre un cabinet de psychologue. Les chocs pétroliers ont frappé de plein fouet la région très industrielle de la Ruhr, précipitant de nombreuses personnes dans la pauvreté. Un constat qui choque Heidemarie, convaincue qu’il ne s’agit pas fondamentalement d’un manque de ressources, mais de leur mauvaise répartition. Quelle absurdité, se dit-elle, que certains ne sachent plus quoi faire de leur argent quand d’autres meurent de faim !
Alors que d’aucuns se seraient contentés d’un apitoiement de circonstances, cette femme énergique refuse de se résigner à cette situation de fait, persuadée que les petits gestes de chacun comptent. Elle monte un projet appelé « Gib und Nimm », en français « Donne et prend », opérationnel en 1994 à Dortmund : tout simplement un système de troc, où les gens échangent biens, services et compétences, sans aucun recours à de l’argent.
Le succès est au rendez-vous, mais pas comme elle l’espérait : ce ne sont pas les sans-abris qui se pressent aux portes des points de rencontre « Gib und Nimm », mais les chômeurs, les retraités ou encore les étudiants… Conséquence inattendue de l’aventure « Gib und Nimm », Heidemarie se rend bientôt compte qu’elle n’a pas besoin de beaucoup pour vivre, et certainement pas de tout ce qu’elle possède. Germe alors une idée folle, ne pas dépenser un seul sou pendant un an.
Arrive le joli mois de mai 1996, sa décision est prise. Elle donne ses biens à des amis et des connaissances, ferme son compte bancaire, résilie ses assurances, et vend sa maison. Mais hors de question de vivre dans la rue ! Elle tire parti de son réseau de troqueurs passionnés qui lui confient la garde de leur maison en leur absence contre de menus services. Elle récupère les invendus des supermarchés bios de Dortmund et s’habille avec des vêtements qu’elle a troqué au marché aux puces. Elle se refuse même à aller chez le médecin. Quant à sa retraite mensuelle de 700 euros, elle la donne à des proches qui en ont besoin. De même pour les droits d’auteur de « Vivre sans argent », le livre traduit dans cinq langues qu’elle a tiré de son expérience : la coquette somme a été reversée en coupures de cinq marks à des passants chanceux. Ses effets personnels se résument au contenu d’une petite valise. Plus 200 euros en cas d’urgence.
D’abord tenaillée par l’angoisse du réfrigérateur désespérément vide, elle finit par apprécier de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Au point d’adopter définitivement ce nouveau mode de vie, auquel elle ne renoncerait pour rien au monde. Heidemarie Schwermer partage son temps entre les services qu’elle rend pour assurer son quotidien, l’écriture de son troisième ouvrage, et de nombreuses conférences. « Living without the money », le documentaire tiré de son expérience n’a pas encore été diffusé en France, mais connaît déjà un franc succès dans le monde entier.
On lui demande souvent si elle n’a pas subi de traumatisme dans son enfance qui permettrait d’expliquer ce dessein irraisonné. Aucun, répond cette native de Dantzig, à l’époque enclave allemande en terre polonaise, si ce n’est la fuite vers l’ouest devant l’avancée des soldats soviétiques à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Arrivée en Allemagne, la famille démunie fait l’objet de moqueries, une prise de conscience brutale pour la petite fille qu’elle était à l’époque, du pouvoir de l’argent sur le jugement des hommes.
A ceux qui la traitent de folle, elle répond que « l’argent nous détourne de l’essentiel » et que l’abandonner lui a apporté « une qualité de vie, une richesse intérieure et la liberté . » Une démarche qu’elle souhaite pousser encore plus loin, en prônant désormais le partage totalement désintéressé, plutôt que le troc.
Provocatrice ou prophète en avance sur son temps, le débat reste ouvert. Bien entourée et peut-être chanceuse au fond, Heidemarie Schwermer a prouvé qu’il était possible de vivre sans argent pendant quinze ans dans un pays où le troc, la récup et le système D font partie intégrante de la culture. Pas sûr qu’elle fasse des émules, et par ailleurs ce n’est pas tant son but que « de faire réfléchir les gens sur leur façon de vivre et leur relation aux autres. » Un pari réussi !
c'est sur que pour s'offrir des fringues ou des pompes de luxe ça va pas le faire , mais quelqu'un n'a t-il pas dit il y a bien longtemps ""donne tout ce que tu possède et suis moi"...........
belle utopie , qui ne peut exister toutefois que dans le cadre d'une société riche .
Pour avoir fait 15 ans de vie sans argent c'est quelque chose ! Bravo car il faut un mental d'acier ! Je travaille dans le domaine du tourisme et je voudrais faire le tour de France à pied dans les principales villes de chaque département et voir les incontournables et les monuments principaux le tout sans argent car il ne fait pas le bonheur, il fait souffrir ! Je trouverais un moyen de loger et de me nourrir en utilisant la douceur ! Employez-le ! C'est mon côté aventureux qui va me donner du courage et de la volonté ! Je voudrais faire la même chose que vous madame !
comment vivre sans argent dans cette societé, faire les poubelles ?? ceci est répréhensible dans une certaine commune de nogent sur marne, expliquez moi si vous avez trouvé le moyen, car vivre sans argent aujourd'hui c'est vivre sur le dos de l'argent des autres, voilà une cruelle vérité, rien n'est possible sans argent, même pas être inhummé dignement... qu'on se le dise
Bonjour,
elle vit sans argent,
près de chez moi 2 personnes vivent sans manger et se nourrissent de " prana" l'énergie de l'univers...???
Nous rêvons d'un autre monde ? serait-il à portée de la main ?
J'aimerais bien lire son livre en français, je ne le trouve pas...
j'aimerais bien essayer mais j'ai trop d'hypoteques a payer
Pas tout à fait dans cette voie de total abandon, dans une autre vision de la relation à l'argent, mais très proche dans l'esprit dans l'éducation au désintéressement.
En tout cas très admiratif et je me souhaite autant de force de caractère. Un grand MERCI à cette DAME et à toute l'équipe qui a permis la réalisation et la diffusion de l'article.
En ce 15/08/11, Heidemarie, écoutez-moi bien, je suis votre chemin. La différence, c'est mon pays natal, la France. Au faît, comment avez-vous fait ? Parce que, pour moi, c'est très difficile : je suis au plus juste avec tout ce qui m'entoure. Félicitations !
Mais oui Sany beaucoup d'entre nous pensent encore que leurs petits confort est acquis pour l'éternité ,le réveil va être douloureux .
Tous ces bobos lobotomisés enfermés dans leurs certitudes nagent dans des eaux troublent et tous dans le même sens.
Quand je dit que cette admirable femme peut finir sa vie tristement, je pense surtout à la réaction mercantile de notre société , qui la prendra en charge lorsqu'elle ne pourra plus physiquement subvenir à ses besoins ,ceux qu'elle a aider ? j'ai un sérieux doute .
Cependant je crois fermement que l'avenir de l'humanité dépendra de notre volonté et de notre capacité à vivre les uns pour les autres .
L'argent roi finira par être guillotiner dans un proche avenir, peut-être ?
Mais somment nous prêt à entendre et voir cette inéluctable vérité
L homme avec sa soif de domination et de puissance sera-t-il assez sage et humain pour partager !
incroyable, la seule chose qui vous marque ds cet article c'est une coquille eventuelle.
et derriere il y a pus important pourtant....soupir. On est pas rendu, merci quand meme Heidemarie.