Tatoueur ou la psychologie inversée : ça fait mal, mais ça fait du bien

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 

« Mon objectif, c’était de faire un boulot où je pourrai dessiner ». Objectif atteint pour Cyril, tatoueur depuis 6 ans, assis dans la pièce en inox où retentissait la mélodie sourde de l’aiguille qui se promène sur la peau, il y a encore quelques minutes.

 

 

ça pique un peu

 

 

Une façon comme une autre de trouver sa voie

« J’étais pas vraiment un élève brillant, je dessinais tout le temps. Je me suis toujours débrouillé pour être juste dans la moyenne ». Ce qui l’amène tout de même à faire une école, puis un boulot d’infographiste/maquettiste (création de logos). La dure réalité se présente à lui : « les logos que t’as fait et que t’aimes pas, ils font quand même partie de ton book. Et vendre de la m***, pour faire de la m***. Non. » La Com’ : très peu pour lui. Trop de pistons d’après lui. La BD, l’intéressait pas mal par contre : un milieu tout aussi fermé, voire davantage, que celui de la communication.

 

Une idée qui se grave dans la chair

« Un jour, je me suis fait tatouer, ça m’a plu. Je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’ai proposé mon book, et ça fait maintenant 6 ans que je travaille dans ce salon ». On a donné sa chance à Cyril et il a appris la technique du tatouage, différente du dessin sur papier ou du dessin numérique. L’homme  à la casquette a également contribué à donner de la visibilité au salon, en créant le site internet. Il n’oublie pas sa première passion, la BD : « je fais partie d’un collectif : on tatoue, on fait des représentations, on dessine. Je fais aussi des parutions à droite à gauche ». Le milieu du tatouage est un secteur polyvalent, et surtout « si tu débrouilles bien, tu peux pas mal voyager ». Rencontrer énormément de personnes. Celles qui tiennent le dermographe, et les autres, celles qui passent sous l’aiguille.

 

Une histoire de concertation, puis de confiance

Le client vient à la rencontre de Cyril et des autres professionnels, par recommandation, en se renseignant, et parfois par hasard. « C’est mieux quand il vient avec 2 ou 3 bases graphiques pour qu’on distribue le projet ensemble. On discute avec lui, on voit si ça lui correspond ». Le but n’est pas qu’une personne vienne se faire tatouer juste pour se faire tatouer. « Si on dessine tout et n’importe quoi tout de suite, sans discuter avec le client, on s’en sort plus ». Cyril peut aussi refuser lorsque le tatouage ne correspond pas à ce qu’il sait faire. Il « délègue ». « J’aime les choses graphiques, structurées mais un peu griffonnées. Les tatouages japonais, maoris par exemple, c’est pas du tout mon truc ».

 

Des projets sans rendez-vous dessin sont néanmoins possibles. Sinon, une moyenne de 15 jours est nécessaire pour que le tatoueur réfléchisse au modèle : « la journée, on tatoue, on a pas forcément le temps de réfléchir correctement au dessin ». Une fois le modèle trouvé et validé, on discute la taille (un tatouage trop petit vieillira mal avec le temps), et le prix (de 80 € HT à des milliers d’euros selon le modèle). Enfin, lorsque tout est calé et qu’il est temps de tatouer : « euh, ça se passe plus ou moins bien ! » dit-il, avec un grand sourire qui illumine son visage (sous la casquette).

 

Se faire tatouer peut durer quelques minutes, comme plusieurs sessions de 3 heures (maximum). Heure, ou minute, la souffrance est la même, mais cela fait partie du jeu. Enfin non, tout dépend de la taille du tatouage, de la partie tatouée, et tout simplement du seuil de tolérance de la victime. La technique est simple : on appose le modèle en décalcomanie sur le corps, après avoir préalablement désinfectée la partie qui va être tatouée. Cyril prend son dermographe de ses doigts gantés et ajoute une aiguille jetable qui varie de taille selon l’utilisation.

 

Et c’est parti ! Tout d’abord le contour, ensuite le remplissage. Avec ou sans couleurs, selon les choix. Si vous avez de la chance, votre douleur sera peut-être adoucie par les douces mélodies de la Compagnie Créole, parce que souvent, Cyril tatoue en l’écoutant. On a tous nos petits trucs. Après la séance, le tatouage est protégé et chouchouté pendant 15 bons jours. « Un mois plus tard, il y a une visite de contrôle, avec des retouches possibles ». En tant que tatoueur, Cyril essaye d’aiguiller les gens. « Il y a aussi des personnes qui laissent carte blanche, parce qu’elles aiment bien le style du tatoueur. Ça se fait en général après plusieurs tatouages. Y’a une certaine confiance qui s’installe. C’est gratifiant ».

 

Esthétisme et Thérapie

Le tatouage, un phénomène de mode ? « Pas vraiment, je dirais plus que le tatouage se démocratise, qu’il est plus accepté. Etre tatoué n’est plus synonyme de vie dissolue, mais le tatouage n’est pas plus à la mode qu’avant. Après oui, c’est vrai qu’il y a toujours des phénomènes de mode. Avant c’était les dauphins, les signes chinois, maintenant les étoiles sur le poignet… ». Le tatouage, c’est bien plus qu’un dessin gravé ad vitam aeternam dans la peau. Il est révélateur d’un besoin, d’une personnalité : « par exemple, une dame de 40 ans qui se fait tatouer un dauphin, parce que c’est la seule de son groupe de copines à ne pas en avoir. C’est pas ton truc, mais tu le fais quand même. On sait jamais, elle pourrait toujours revenir avec d’autres projets »

 

A noter : un tatouage reste rarement seul. Un besoin irrépressible, une addiction n’est pas à négliger. Tout simplement parce que le tatouage possède des vertus thérapeutiques. « ça peut couvrir des cicatrices, des blessures, ou bien marquer un événement, positif comme négatif ». Ce soir-là, un potentiel client se renseigne pour un tatouage qui reprendrait la typographie d’un des tatouages de Victoria Beckham. Futile, non ? Pourtant, dans cette typo il souhaite se faire tatouer les initiales d’une amie disparue récemment. Comme quoi…

 

Le tatouage guérit les blessures physiques et psychologiques. « Quand je me regarde dans le miroir, je me préfère maintenant avec mes tatouages ( en quantité étrangement raisonnable pour un tatoueur !), ça ressemble plus à ce que je veux être ». Ce motif indélébile gravé dans le derme est un moyen de s’accepter, de mieux s’assumer. Nombreuses sont les personnes qui pourront le confirmer. Cela relève aussi du jeu pour les fortes personnalités. 

 

Personnalités tellement atypiques qu’elles suscitent un grand intérêt : « y’a des gens, t’as envie de les connaître, mais y’a toujours une barrière professionnelle ». Une barrière difficile à garder en dehors du salon : « on te voit dans la rue, on te reconnaît, ça fait bizarre les « ah, c’est toi qui m’as tatoué ! ». Pareil quand t’as envie de décompresser en soirée, et qu’au final tu parles boulot tout le long! Mais bon, c’est ta passion, donc c’est sympa ».

 

Crédit photo : Flickr/micaeltattoo

 

Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 15 Juillet 2011

 



 
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