SOS, la sécheresse est dans les champs

 

 

42 départements dans le rouge. Du nord au sud, de la Picardie au Poitou-Charentes, les mesures de restriction d’eau se multiplient un peu partout en France. Précipitations en berne, températures estivales, manque de fourrage, céréaliers et éleveurs se préparent au pire. Au ministère de l’Ecologie certains évoquent à demi-mot un impôt sécheresse, quand d’autres, au ministère de l’Agriculture font valoir la solidarité agricole en réponse à la crise. Utile, économique et encore peu développé, voici l’écogeste anti-gaspillage pour cet été : le récupérateur d’eau de pluie.  

 

42 départements en arrêté sécheresse

 

Un printemps sans pluie. Après 1976, 1986, 1992, 2003 et 2005, 2011 a tout l’air de la catastrophe agricole redoutée. La sécheresse est dans les champs, et déjà une bonne partie des récoltes de céréales sont compromises. En un mot : c’est la crise chez les céréaliers et les éleveurs. Et pour cause, les deux tiers des nappes phréatiques sont au-dessous de la normale. Quant aux indicateurs de la fonte des neiges, des précipitations et du débit d’eau, pas de doute, ils sont ceux d’un mois de juillet.
2011 : pire que la terrible sécheresse de 1976 ?

 

Le temps de la gestion de crise a sonné. La ministre de l’Ecologie a réagi avec la création d’un comité de sécheresse. Car la situation est critique. 42 départements ont déjà pris des arrêtés sécheresse. Alors Nathalie Kosciusko-Morizet en profite pour réaffirmer sa volonté de garder le cap des 20 % de baisse de consommation d’eau d’ici 2020. Un objectif ambitieux, mais un objectif qui résonne comme un possible effet d’annonce politique. Car le chiffre se veut global. Surtout, la ministre ne précise pas à quel degré les agriculteurs devront contribuer, avec les chambres d’Agriculture, à mieux gérer la ressource de l’eau. 

 

SOS la sécheresse est dans les champs 

 

S’il vous plaît, ne broyez pas la paille. C’est le geste de solidarité que les éleveurs comptent bien demander aux céréaliers. Ainsi, éviter coûte que coûte la spéculation sur le prix de la paille et négocier un bon prix sur le marché : 20-22 € la tonne. Un geste qui serait apprécié par les éleveurs en manque de fourrage. En Poitou-Charentes, des éleveurs ont dû abattre une partie de leurs bêtes pour nourrir le reste du bétail. Le préfet de Corrèze va plus loin et use de son pouvoir. Ce sera un arrêté d’interdiction de broyer la paille sur son département jusqu’au 15 septembre. 

 

Sols craquelés, épis de blé desséchés, la situation est digne d’un été indien. A croire qu’il n’y a plus de saison. Alors à sécheresse exceptionnelle, mesure exceptionnelle ? « Je ne suis pas contre un impôt de solidarité pour compenser les pertes agricoles de la profession ; mais à condition de s’engager dans une agriculture paysanne qui respecte les sols et la biodiversité. C’est simple, c’est du donnant-donnant », affirme Guillaume Cortot du réseau France Nature Environnement. 

 

2011 : annus horribilis pour les éleveurs ? : « C’est clair, cette année la situation est exacerbée. Mais on oublie de le rappeler, tous les ans, une cinquantaine de départements sont en situation de sécheresse. Pourquoi ne pas utiliser alors des cultures alternatives moins gourmandes en eau comme le sorgho très résistante à la sécheresse ? » La plante, peu cultivée en France, pourrait servir à sécuriser le système fourrager pour nourrir le bétail ; à l’instar de la luzerne. Une façon d’éviter la spéculation sur le prix de la paille et de ne plus dépendre de l’importation du soja.  

 

L’exceptionnelle sécheresse qui frappe l’Europe du Nord confirme la règle : celle de la récurrence de précipitations moyennes et de débits d’eau faibles. « Malgré une pluviométrie quasi normale pour la période 2005-2006, la sécheresse avait été au rendez-vous sur le territoire. » La faute au dérèglement climatique ? Sans aller puiser ses convictions dans les rapports du Giec, Guillaume Cortot a trouvé son bouc émissaire : « Les cultures irrigantes captent la majorité des ressources en eau. En été, le maïs demande énormément d’eau. C’est une plante inadaptée aux problématiques environnementales et agricoles. » 

 

La personnalité de la semaine : Pascal Ferey de la FNSEA


Pascal Ferey, administrateur à la FNSEA  (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), signe la rubrique « personnalité de la semaine ». « Oui je pense que l’on va de plus en plus vers des sécheresses en France et oui il faut engueuler les prévisionnistes qui n’ont pas vu venir la crise . » 
Et lever un impôt sécheresse comme en 1976 ? « Que dieu nous en préserve ! Cet impôt impopulaire a traumatisé les esprits à l’époque ; car cela venait à rajouter des prélèvements sur une partie des contribuables alors que la moitié des foyers français ne sont pas imposables. Il faut trouver d’autres solutions moins injustes, mais ne surtout pas recréer de nouvelles lois car on croule déjà sous le poids législatif en France. Nous avons les instruments juridiques, ce qu’il nous faut c’est du bon sens, réhabiliter le système hydrique et assurer une meilleure qualité du stockage de l‘eau. » 

 

Cette semaine, l’ écogeste sera ou ne sera pas économique. Fini le gaspillage, vive la récupération d’eau de pluie

 

Peu répandu dans les foyers français, jugé parfois onéreux, le récupérateur d’eau pluviale peut être utile en ces temps de caprices météorologiques. Particuliers, entreprises, collectivités, l’idée n’est pas nouvelle, certes, mais il n’ y a pas de petite économie pour l’eau. Une ressource ô combien vitale sur Terre. Surtout lorsque l’on se dirige vers davantage de sécheresse. C’est sûr, ça ne va pas changer la face du monde, ni régler le problème de l’assèchement des rivières. Tout de même, avec 6 millions de mètres cube d’économie d’eau par an, avouez que l’affaire est plutôt tentante. N’est-ce pas, madame la ministre de l’Ecologie ? 

 

Photo : FNSEA

 

Retrouvez la revue d'actualité : L'eau n'échappe pas aux inégalités

 

Publié par Christophe Baudouin
le mardi 24 Mai 2011

 



 
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lundi 30 Mai 2011 à 09:50 Par conseau
 

il paraît qu'Eric Besson s'inquiète pour l'approvisionnement électrique en France; sans blague...

jeudi 26 Mai 2011 Par panam
 

pour égalité
je suis agriculteur depuis 10 ans,et contre cette impot qui ne nous renrait que plus impopulaire,faudrai peut etre mieux "taxer" les boursicoteurs de produits agricoles qui speculent sur notre dos,mais aussi sur celui des consommateurs
pour ce qui est de partager les benéfices pas de probleme,mais il faudrai qu on en fasse!!!

a titre d'exemple je préleve 1220euro sur mon exploitation
et une fois mes annuitées honoraies il me reste 500euro pour vivre,le tout pour 60-70 heures semaines,et 1 semaine de vacances par an
il faut arreter de croire qu'on est blindé car on a un gros tracteur(c est pas le notre il appartient a la banque!!!!),qu'on est content d'utiliser des"pestisides"pour polluer les sols et l'eau (au prix qu'ils coutent croyez moi,moins on en utilise plus on est content)on est pas con au point de ruiner notre outil de travail !!,qu'on est content de toucher des primes plutot que de vivre dignement de notre travail(c'est de l'asservicement )

mercredi 25 Mai 2011 à 17:25 Par Olivier B
 

Bah ça alors, y a une sécheresse et la FNSEA engueule les prévisionnistes de ne pas les avoir prévenu en avance! Mais de qui se fout-on? Cela fait 3 mois que l'on la sent venir cette sécheresse et la FNSEA + ministère(s) ont suffisamment de staff pour être au courant!!!!
La seule vraie solution courageuse aurait été d'interdire les cultures sensibles comme le maïs, certaines céréales et les remplacer par d'autres plus résistantes. Tant pis pour les profits "traditionnels" de ce genre de cultures!!!!
Voilà maintenant que le ministre parle de supprimer les mesure agro-environnementales! Mais de qui se fout-il!!!!
Développons au maximum des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et économes en eau, telle l'agriculture biologique...
A votre avis pourquoi les nappes sont vides?
- y a plus de haies -> moins d'infiltrations des pluies dans le sol,
- les champs sont nus en hivers -> ruissellement en surface de l'essentiel des pluies, qui n'ont pas le temps là encore de s'infiltrer dans le sol, (au passage augmentation des ravages des inondations!!!!),
- irrigation continue de jour des grandes cultures. Hérésie totale, la majeur partie de cette précieuse eau part en évaporation. Ben oui à minima il faut arroser la nuit, mais trop compliqué pour les agro-bizness man que sont devenus les gros céréaliculteurs....
Bref tout cela relève du scandale pur.
Pour les élevage, autrefois quand il y avait des millions de kilomètres de haies, et ben on pratiqué l'émondage des arbres, c'est ce qu'on appelle le fourrage aérien, en cas de disette dans les pâtures!!!!
Qui est responsable de cette situation, la météo peut être un peu, mais loin s'en faut!

Pour finir sur une note positive, le WWF appelle à un développement massif de l'agriculture biologique au travers de sa campagne "Oui au Bio dans ma Cantine" (local, de saison, en circuits courts), aller voir ici -> https://www.facebook.com/ouiaubiodansmacantine
ou là -> http://www.ouiaubiodansmacantine.fr/

A quand le réveil et la prise de conscience????

mercredi 25 Mai 2011 à 13:44 Par le mataf
 

peut-être cher conseau mais , ceci est un des moyens de ménager cette ressource et arrêtons de pleurer auprès ce cette élue , qui comme les autres nage au fond de la mare à sec.
C'est aux utilisateurs de prendre conscience du péril et par des gestes et attitudes raisonnable faire face à cette calamité .
J'ai vu encore ce matin un agriculteur en pleine effort de gaspillage et c'est le genre à hurler après ceux qui se battent en prenant des petites mesures qui finissent par remplir leurs récupérateurs d'eau de pluie

mercredi 25 Mai 2011 à 00:16 Par conseau
 

Et maintenant 46 départements concernés par les restrictions d'eau; c'est juste près de la moitié des départements français, et le tout à un mois de l'été. Je ne suis pas Madame Soleil, mais le seul récupérateur d'eau de pluie ne changera pas la situation sécheresse. C'est vrai, l'heure est grave madame la ministre...

mardi 24 Mai 2011 à 17:52 Par le mataf
 

Pour ce qui est de la récupération des eaux de pluie,il y a longtemps que j'ai résolut ce problème . je capte 8000 litres d'eau par mon toit plus , je récupère toute l'eau de des lavages de légumes + l'eau savonneuse des lavages des mains (traitement des pucerons)économiseur sur tous les robinets etc .
Debout citoyens il y a encore du travail devant nous ,hardi !hardi!

mardi 24 Mai 2011 à 17:18 Par le mataf
 

Pourquoi nourrir autant d'animaux avec des plantes très gourmandes en eau ?, pourquoi irriguer celle-ci avec de l'eau potable pillé dans les nappes phréatiques ? pourquoi les agriculteurs ne sont pas solidaires entre eux?pourquoi certains consommateurs prennent des douches ou des bains tous les jours ? pourquoi monsieur "véolia"! néglige consciemment les millions de fuites de ses réseaux et rejette de l'eau traitée a la mer ,il faut à cela ajouter les barrages mal entretenus ?et j'en passe et j' en oublie . payer encore un impôt pour tous ces connards ,NON !NON ET NON , attention la corde va cassée

mardi 24 Mai 2011 à 13:36 Par Egalité
 

Je serai d'accord pour un împôt sécheresse quand les agriculteurs partageront les bénéfices des années fastes...Juste retour des choses...

mardi 24 Mai 2011 à 12:22 Par quercus
 

On ne parle que de l'agriculture,mais que dire de la gestion de nos forêts domaniales et communales avec les coupes abusives de l'ONF et les reboisements soumis au stress hydrique?Rappelons que l'ONF est un établissement industriel et commercial devenu une pompe à euros.

mardi 24 Mai 2011 à 10:56 Par solidarité
 

Super, d'après un sondage les Français ruraux et urbains se disent prêts à accepter des coupures d'eau pour faire des économies. Mais qu'en est-il de l'effort des céréaliers envers les éleveurs ?

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