Révolutions agricoles : nourrir un monde moins pauvre

Agri Culture, la chronique du mercredi

 

 

Les populations pauvres le savent mieux que nous, il ne suffit pas de manger pour vivre bien. Pourtant, avoir enfin accès à la nourriture en quantité suffisante dans les pays pauvres, peut aller de pair avec un recul de la pauvreté et le développement de leur économie. Et ce, dans un contexte de plus en plus compliqué : explosion démographique, pression sur les ressources disponibles et mutations des régimes alimentaires.

 

 

révolutions agricoles

 


L’agriculture  doit nourrir les hommes

 

Avec 9 milliards d’habitants en 2050, la demande alimentaire va être multipliée par deux. Cet accroissement démographique est d’autant plus alarmant qu’il se fera d’abord dans les pays les plus pauvres, là où la situation alimentaire est la plus critique. Avec le réchauffement climatique, la carte agricole du monde va être redessinée dans les prochaines décennies. Par exemple, une augmentation de 2°C fera disparaître la production de café en Ouganda, alors qu’elle lui rapporte les deux tiers de ses devises. Cette hausse de température déplacera les cultures agricoles vers le Nord, qui gagnera en productivité, alors que les régions tropicales en perdront.

 

Ce changement démographique s’accompagne de modifications des régimes alimentaires. En Asie, l’alimentation d’origine animale augmentera de 60% entre 2000 et 2030. En Afrique, en Amérique Latine et au Proche Orient de 30%. Pour répondre à cette révolution du bétail, la production mondiale de viande devra augmenter de 85% sur cette même période. Mais l’élevage est très couteux en ressources : terre, eau, énergie, céréales... Il faut de 3 à 15 fois plus de surfaces agricoles pour produire une quantité égale de protéines animales que de végétales. Et 3 à 10 calories végétales pour produire une calorie animale.

 

Le poisson est la source de protéines la moins chère pour les populations les plus pauvres. En moyenne, 22% des protéines animales consommées en Afrique proviennent du poisson, et ce chiffre monte jusqu’à 70% en Afrique de l’Ouest. Malheureusement, les ressources halieutiques sont, elles aussi, limitées. Aujourd’hui, 75% des ressources halieutiques mondiales sont surexploitées. Avec le réchauffement climatique en sus, ces ressources sont en danger.

 

Ainsi le défi de nourrir le monde ne peut que devenir de plus en plus difficile à relever si l’on ne s’y prépare pas. Cependant, y répondre de manière adéquate permettrait de lutter sur deux fronts : contre la faim dans le monde mais aussi contre la pauvreté. Pour nourrir le monde, il faut que les peuples se nourrissent suffisamment par eux-mêmes pour assurer leur souveraineté alimentaire. Pour cela, les pays qui n’ont pas encore atteint cette souveraineté alimentaire doivent faire leurs propres révolutions agricoles. Pourquoi la révolution agricole est elle un moyen sans égal pour lutter contre la pauvreté ?

 

Révolution agricole et pauvreté

 

Tout d’abord du fait de la place prépondérante de l’agriculture dans l’économie des pays pauvres. Dans ces pays, l’agriculture est encore le principal secteur productif. Au moins 65% de la force de travail y est consacrée. Plus du quart du PIB, en moyenne, provient de l’agriculture.

 

Ensuite, les trois quarts des individus les plus pauvres sont des ruraux. En effet, on dénombre dans les campagnes des pays en développement deux milliards de personnes qui vivent avec moins de deux dollars par jour. Or ces individus qui souffrent de la faim sont pour les trois quarts des agriculteurs. S’ils ne peuvent se nourrir de leurs productions, c’est parce qu’ils ne peuvent produire assez pour se nourrir toute l’année et qu’ils sont trop pauvres pour acheter leur nourriture. Parce qu’ ils sont à la merci de la moindre mauvaise récolte et que leurs produits affrontent aussi les nôtres sur le marché mondial. La révolution agricole permet aux agriculteurs de manger à leur faim, puis de vendre leur production et vivre mieux. Mais ce n’est pas que la classe agricole qui peut en bénéficier…

 

Car une révolution agricole est un levier de développement sans égal. La croissance de l’agriculture stimule les entreprises agroalimentaires, crée des opportunités d’investissement. Elle drague dans son sillon le reste de l’économie. Ce puissant levier n’est pas nouveau dans l’histoire. Les révolutions industrielles en Europe, aux Etats-Unis, au Japon, ou plus récemment en Chine, en Inde et au Vietnam, ont toutes été précédées d’une révolution agricole. Le progrès dans les champs et les fermes enclenche la circulation des denrées alimentaires, de la main d’œuvre, des capitaux et catalyse ainsi le développement d’autres activités économiques.

 

En effet, comme l’a montré la Banque Mondiale avec l’exemple de l’Afrique, la croissance du PIB agricole réduit au moins deux fois plus la pauvreté qu’une croissance identique dans un autre secteur. En Asie de l’Est, où se sont concentrés de nombreux efforts en matière agricole, le taux de pauvreté (nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour) a chuté de 37 à 29% entre 1993 et 2002 dans les campagnes. Cette baisse n’est pas le fruit de l’exode rural des plus pauvres, mais bien de l’amélioration des conditions de vie des ruraux. Les investissements dans le secteur agricole réduisent la pauvreté.

 

C’est pourquoi, alors que dans les dernières décennies l’on fondait le développement des pays pauvres sur l’industrialisation, l’agriculture doit retrouver sa place stratégique. Pour ces nations, ce sera la lutte contre la malnutrition et le levier de développement contre la pauvreté. Ce sera la circulation de la nourriture et l’amélioration des conditions de vie, des revenus meilleurs et des populations fixées. Enclencher les révolutions agricoles est donc une nécessité. Nécessité qui ne peut plus attendre.

 

 

Source: Michel Barnier, Qui va nourrir le monde?

Photo: Flickr- Find Your  Feet


Publié par Victor Saint-Père
le mercredi 1 Juin 2011 à 06:00

 



 
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jeudi 5 Janvier 2012 à 14:59 Par nul
 

nul

mercredi 1 Juin 2011 à 08:54 Par Isabelle Saint-Père
 

On s'en doutait, mais tout cela n'est pas rose...

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