Responsable d’immeuble : un accueil de haut vol

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 


Maryline accoure vers vous de son très grand et généreux…mètre 60. Tous les matins, elle s’habille d’un sourire qu’elle ne quitte qu’une fois son travail terminé. 

Pour le plus grand plaisir des personnes qui la croisent.


 

La vigie

 

 

Suivez le guide

Son travail, parlons-en justement. Depuis 13 ans maintenant, Maryline est la responsable d’un immeuble, dans lequel se trouvent le Conservatoire de musique de la ville (dispatché sur 4 étages), une école de dessin et un service d’assistance sociale. On ne discute pas l’organisation de la municipalité…

« Mon métier est pas difficile, il consiste à accueillir les gens et les orienter… Excuse-moi –Bonjour la puce ! Ca va ? – En soi, c’est pas compliqué ».

 

Parcours d’une coureuse de fond

Les journées de cette employée de la ville, contrairement aux idées reçues, sont bien remplies.

Le matin, ouverture des portes à 8h tapantes, voire même un peu plus tôt : « une des assistantes sociales vient de loin, et je veux pas la faire attendre ». Ouverture des portes entre 7h45 et 8h du matin donc. « On arrête les alarmes, on met en route l’ascenseur, et on reçoit les personnes qui travaillent dans l’immeuble ». Tout est fin prêt pour accueillir les différents publics, occasionnels et réguliers, aux alentours de 9h-10h.


De sa tour de verre, Maryline voit le monde bouger et grandir autour d’elle : les enfants qui deviennent de jeunes adultes, les professeurs qui se succèdent, ou plus subtil, les personnes qui récupèrent leur vie grâce aux assistantes sociales. Il y a une véritable réciprocité dans la relation avec ce public accueilli-accueillant. Réceptionnés par le sourire de Maryline, tous les petits soucis disparaissent : les élèves qui n’ont pas appris leur partition, qui n’ont pas envie d’assister aux cours de solfège, ou encore les souffrances cachées des personnes ayant rendez-vous avec les assistantes sociales. Le temps d’un  « Bonjour ! », d’un « Ca va ? », ou d’un « Bonsoir à toute la famille ! » … Tout disparaît, et « on peut pas faire autrement que d’être sympas avec eux ». Et ce jusqu’à 22h, fin de la journée de travail de cette employée.

 

Depuis qu’elle travaille ici, elle en  rencontre des gens, voit des visages, entend des voix. Sans jamais les oublier. « Je discute avec les parents, les enfants, les professeurs, les employés, tout le monde ». Elle interagit avec les gens et se connecte, physiquement : le mercredi, 700 personnes passent devant son entrée (le conservatoire étant ouvert toute la journée et les enfants n’ayant pas tous cours). Cela veut donc dire : 700 personnes x 2 fois 2 bises = 2 800 contacts joue à joue. On peut dire que Maryline est dotée de joues de compétition, sans aucun doute. A la demande faussement innocente « tu ne les connais pas tous ? »  : « Bah si, presque, au bout de 13 ans, y’a des liens qui se font, attends – Coucou ! Ca va bien toi ? Alors le travail ?».

 

Oui mais courir, c’est fatiguant

Ce n’est pas trop dur de courir partout, contrôler les gens (toujours avec le sourire), pas trop fatiguant ? « Non, à partir du moment où tu fais bien ton boulot, il n’y a pas de difficultés… Sauf une fois où des petits ont actionné toutes les alarmes. Une remontrance et c’était bon ». Une broutille en 13 ans. « Salut ma grande ! Alors comment ça se passe ? Ah oui c’est pour toi la veste ? ». Ne pas être susceptible et aimer être constamment dérangée : deux compétences indispensables pour ce travail. « Excuse-moi… on parlait de quoi ? Ah oui, c’est fatiguant, mais après une bonne nuit de sommeil, ça va mieux ». C’est qu’elle n’est plus toute jeune. Du haut de ses 54 ans grisonnants, le rythme peut lui sembler harassant, mais surtout découpé: 8h-12h/ 12h-14h (astreinte)/ 14h-17h (repos)/17h-19h (astreinte)/19h-22h. Les gens elle les voit passer, leur parle, mais c’est toujours extrêmement fugace. La plupart du temps, Maryline est seule. Elle surveille et offre son temps par petites tranches horaires.

 

Une mère avant-tout

Le lien qu’elle établit avec les gens qu’elle rencontre se renforce avec le temps. D’ailleurs, il lui arrive fréquemment de garder les enfants, qu’elle considère allégrement comme ses propres enfants, les jours où les parents arrivent avec du retard. « Au lieu de les laisser traîner tous seuls dehors ». En bonne mère de substitution pour les uns et en confidente pour les autres, Maryline y met du sien, ce qui est étonnant au vu de sa très grande timidité, timidité vaincue sur le lieu de travail : « Je suis timide, mais comme j’aime ce que je fais, je vais vers les autres, mais c’est vrai que je suis timide, je me dévoile pas comme ça ».

 

Petit bémol : le repos, n’est pas pour tout de suite. Cela ne fait que 20 ans qu’elle travaille. Priorité donnée aux enfants. Cette mère dans l’âme a d’ailleurs commencé à travailler comme gardienne au sein d’un groupe scolaire, « et pareil, ils faisaient la queue pour me faire la bise ». 

La solution serait peut-être d’avoir un travail un peu moins prenant ? « Non, vraiment pas, j’aime vraiment mon travail. Les enfants, les gens sont tellement agréables, je renvoie tout le temps ce que je reçois ».

 

Maryline, c’est un peu un des piliers de cet immeuble. Et elle vous le rend bien.

 

Crédit Photo : Flickr/dalbera

 

Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 20 Mai 2011 à 06:00

 



 
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