Réchauffement climatique : Bangkok, dernière étape avant Copenhague 2009

 

Il reste dix petites semaines avant l’ouverture de la Conférence de Copenhague. Les négociations au Danemark devront aboutir à un nouvel accord international sur le climat qui remplacera le protocole de Kyoto en 2013. Après Bonn au printemps et New York la semaine dernière, les discussions reprennent du 28 septembre au 9 octobre à Bangkok. Un objectif en forme d’espoir : rattraper le retard du processus de négociations.


« Il n’y a pas de plan B. Si nous ne réalisons pas le plan A, nous fonçons droit vers le plan F qui signifie failure (ndrl : échec) ». Voilà les termes employés par le Premier ministre thaïlandais pour accueillir à Bangkok les nations qui participent à cette nouvelle phase de discussions. Le ton est clair : les déclarations d’intention ne suffisent plus, le temps presse, il faut désormais agir.

Depuis quelques semaines, Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCUNCC), n’hésite plus à cacher son inquiétude face aux avancées « douloureusement lentes ». En conférence de presse à Bangkok, M. de Boer réclame aux leaders de se montrer « plus ambitieux » et surtout « plus clairs sur l’ aide financière aux pays en développement ».

Clarté dans les propos et clarté dans le texte

Concrètement, l’ objectif de Bangkok est de clarifier l’avant-projet qui donnera naissance au nouvel accord international à Copenhague. Ce « brouillon » compte à ce jour quelques 200 pages particulièrement illisibles et entachées de centaines de points non résolus. La difficulté pour les 177 délégations présentes en Thaïlande est d’accorder leurs intérêts nationaux à « l’obligation morale » de trouver un compromis. Dixit Yvo de Boer. Les discussions s’annoncent donc houleuses parmi les 4000 délégués dépêchés en Thaïlande (représentants nationaux des secteurs économiques, industriels, scientifiques et ONG ).

Les américains sont des « illettrés du climat »

Le raz le bol se fait sentir au sein du secrétariat de la Convention, même réaction chez les scientifiques présents à Bangkok. Hans Schellnhuber, directeur de l’institut allemand des impacts sur le climat et membre de la délégation allemande, a déclaré sans détours à l’agence Reuters : « les Etats-Unis sont dans un sens des illettrés du climat ». Ambiance.

M. Schellnhuber fait allusion au problème récurrent posé par les Etats-Unis : jamais un texte n’a été voté à ce jour par le Sénat américain pour lutter contre le réchauffement climatique. Malgré sa volonté de participer aux discussions, comment l’administration de Barack Obama peut-elle alors accepter un traité international ?

Position européenne : montrer l’exemple

Montrer l’exemple, c’est peut-être ce que va réaliser l’ Union Européenne. Toujours selon l’agence Reuters, l’UE devrait proposer à Bangkok une réduction de 10 à 20% des émissions de CO2 dans les transports aériens et maritimes. Deux secteurs qui n’avaient pas été inclus dans le protocole de Kyoto. Cette décision devrait également s’accompagner d’une taxe sur le pétrole qui pourrait servir à financer l’aide aux pays en développemen t.

Autre annonce importante promulguée à l’issue de la première journée des négociations : l’ Inde accepte finalement de transmettre chaque année un rapport sur ses émissions de CO2. L’ancienne colonie britannique a toujours refusé de rendre des comptes à l’ONU. Considérée comme un pays en développement, l’Inde n’était pas soumise aux contraintes du protocole de Kyoto . Le Premier ministre indien parle de « transparence pour la communauté internationale ». Les experts du climat voient plutôt une opportunité de forcer l’Inde à signer un pacte international et d’en accepter les règles.


Pour suivre en direct les négociations de Bangkok, rendez-vous sur le site de la CCUNCC.


  • Quelques clés pour mieux comprendre :

La CCUNCC est née d’un accord conclu lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 sur les changements climatiques. Elle est entrée en vigueur en 1994 pour encadrer et inciter les Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

La Convention-cadre a été complétée en 1997 par le protocole de Kyoto, mais ce dernier n’a pas été ratifié par l’ensemble des pays signataires de la Convention. Les Etats-Unis, par exemple, ont refusé de signer ce traité sous prétexte que des pays comme la Chine et l’Inde, gros émetteurs de CO2, ne sont pas soumis aux règles imposées par le texte parce que considérés comme « pays en développement ».

Ceci explique la complexité des négociations qui s’articulent autour de deux groupes. Un premier rassemble l’ensemble des pays membres de la Convention (192). Le deuxième ne concerne que les 184 Etats qui ont ratifié le Protocole de Kyoto, hors Etats-Unis donc.

La CCUNCC organise chaque année les conférences sur le changement climatique. Depuis fin 2007, elle propose un calendrier de négociations pour un nouvel accord international sur climat qui remplacera Kyoto en 2013.

A Bangkok, les représentants des deux groupes devront proposer un résumé des négociations de Bonn (avril et juin 2009) et poursuivies en Thaïlande.

La dernière réunion de la CCUNCC avant Copenhague aura lieu à Barcelone début novembre.


Delphine pour Durable.com


  • Bonus :

Reportage de CNN lors de la Conférence de Bali en décembre 2007. A l’issu de cette réunion les Etats avaient accepté non sans mal de s’entendre sur un nouveau texte international pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. C’est ce texte qui est actuellement en discussion.
Dans ce reportage, Yvo de Boer est décontenancé face à la difficulté des négociations (et une mauvaise organisation des réunions).
Egalement, la célèbre déclaration de Kevin Conrad, représentant de la Papouasie-Nouvelle Guinée, qui a fait plier les Etats-Unis et les a poussés à accepter l’ouverture de nouvelles négociations sur le changement climatique.

Publié par Delphine Rigaud
le mercredi 30 Septembre 2009

 



 
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