Prix du lait: ces vaches qui dominent le monde

Agri Culture, la chronique du mercredi

 

 

Avec 25 milliards d’euros, le lait et ses sous-produits sont le premier secteur de l’industrie alimentaire française. Le prix du lait payé aux éleveurs est très volatil, c’est d’ailleurs la matière première la plus surveillée au monde. Mais qui fixe le prix du lait ? Ici on voit comment un petit pays producteur domine le marché mondial, et combien ses bases sont fragiles.

 

 

Prix du lait: ces vaches qui dominent le monde

 

 

Des conditions d’élevage idéales

 

Qui décide du prix du lait ? Le prix payé aux éleveurs français, qui envahissent régulièrement les rues de tracteurs et de banderoles ? Aujourd’hui le prix du lait se fixe à l’autre bout du monde… en Nouvelle-Zélande. La Nouvelle-Zélande est le pays où la production laitière est la plus compétitive : de l’herbe verte toute l’année et des températures douces. Nul besoin d’acheter de fourrage ou de compléments alimentaires, ni d’investir dans des étables. Les vaches sont dehors, et elles y sont bien. Les éleveurs kiwis ont les coûts de production les plus compétitifs au monde, à hauteur de 11 centimes d’euros par litre.

 

La Nouvelle-Zélande, laiterie du marché mondial

 

Pourtant la Nouvelle-Zélande est considérée comme un « petit producteur » de lait, avec 2% de la production mondiale, soit moitié moins que celle de la France. Mais là-bas, il y a autant de vaches que d’hommes. Alors ils exportent, et beaucoup : c’est 95% de la production, sous forme de poudre de lait ou de beurre, qui est vendue à l’international, Chine en tête. Et c’est là la différence avec tous les autres pays, dont la quasi totalité de la production laitière est absorbée par leurs marchés intérieurs. Les volumes sur le marché mondial sont donc faibles, et la Nouvelle-Zélande y pèse ainsi 40% des échanges en poudre de lait. La Nouvelle-Zélande fait le prix mondial. 

 

Fonterra, le monopole qui fixe les prix

 

Fonterra, c’est la méga-coopérative créée en 2001 à partir de la fusion des deux principales coopératives néo-zélandaises et de l’organisme public qui vendait le lait à l’international. Fonterra collecte 95% du lait kiwi, et en véritable multinationale, le vend aux quatre coins du globe sous forme de poudre ou de produits finis. Fonterra, s’il fallait choisir un mot, ce serait monopole. De nombreuses études s’intéressent au groupe, pour comprendre son rôle clef dans le prix des produits laitiers. Depuis 3 ans que Fonterra fixe le prix de son lait lors de séances d’enchères sur une interface virtuelle, on observe une très forte corrélation de ces prix avec ceux des marchés intérieurs, dont les marchés européens et français. Par la pénétration des marchés, le prix du lait de nos éleveurs, en fin de compte, se décide lors de ces enchères, à l’autre bout du monde.

 

Petites causes, grandes conséquences

 

Si bien qu’une saison un peu plus sèche que la normale en 2007, qui a réduit la production néo-zélandaise de lait de 0,5%... a provoqué une envolée des prix mondiaux ! L’année d’après, la production est revenue à la normale, suscitant alors un effondrement brutal des prix, mettant la pagaille en Europe et particulièrement en France.

 

Le système néo-zélandais, bâti sur la spéculation foncière…

 

Mais si la production de lait apparaît dans ce pays comme une activité lucrative pour les producteurs, ce n’est souvent pas directement du fait des revenus de la vente de lait. En effet, en tenant compte de l'inflation, les rémunérations des agriculteurs ont plutôt tendance à chuter depuis les années 1970. Surtout que l’agriculture néo-zélandaise, fait notable, est la seule qui ne bénéficie d’aucune subvention. Les revenus des éleveurs proviennent particulièrement de la vente des exploitations.

 

Là- bas, les éleveurs sont des entrepreneurs qui, après avoir été employés dans des élevages laitiers, achètent à grand frais une exploitation. Cette exploitation, ils la dirigent quelques années, remboursent peu à peu leurs dettes, avant de la revendre et de toucher le gros lot. L’Etat ne prend pas de droits sur ces ventes, et le prix du foncier agricole, encouragé par les performances de Fonterra, a triplé entre 1999 et 2008. Devant ce système, les banques n’hésitaient pas à prêter à tout nouvel acheteur, à un taux d’intérêt particulièrement bas.

 

Un colosse aux pieds d’argile

 

Mais alors que les revenus des agriculteurs diminuaient de plus en plus, la fragilité du système, dans un contexte international de plus grande prudence vis-à-vis des prêts, a commencé à inquiéter les banques. La bulle du foncier rural a vacillé à partir de 2008, et les prix des terres agricoles ont depuis baissé de 25 à 30%. Cependant, les échanges des exploitations agricoles ont repris ces derniers mois, laiterie en tête. Si les agriculteurs ont confiance en l’avenir, certains sont dans une situation compliquée, car ils doivent plus à leur banque que la valeur de leur ferme, alors que la situation agricole reste délicate.

 

Le système Néo-Zélandais, en partie basé sur la spéculation du foncier, est d’une fragilité inquiétante. En cas de nouvelle chute des prix des terres agricoles, hypothèse qui semble vraisemblable, cette puissance laitière basculera. Au vu de son poids sur les marchés internationaux, les conséquences sur la volatilité des prix risquent d’être dramatiques.

 

A court terme, les éleveurs français peuvent être confiants, car la campagne 2011 s’annonce excellente : la consommation mondiale de lait, tirée par les pays émergents, a repris sa formidable croissance poursuivie de 2000 à 2008. La production satisfera difficilement la demande, tirant les prix à la hausse.

 

Photo: Flickr - Curnen

 

Publié par Victor Saint-Père
le mercredi 25 Mai 2011 à 06:00

 



 
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mercredi 25 Mai 2011 à 06:19 Par el fuego de corazon
 

Très très bien ça

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