
Depuis bientôt 15 jours, la question de l’interdiction de la pêche du thon rouge soulève les passions dans le camp des ONG comme du gouvernement. On parle de l’inscription de l’espèce à l’annexe 1 de la CITES pour empêcher son déclin. Mais certains militent pour une inscription à l’Annexe 2. Que signifie ce jargon ? Quels sont les enjeux en termes de biodiversité et d'économie qui se cachent derrière ces débats ? Décryptage.
Point de départ : la déclaration de Nicolas Sarkozy
En juillet dernier, au Havre, Nicolas Sarkozy déclarait : « Le temps est venu, je crois, de fonder la totalité de nos décisions publiques de gestion des ressources marines sur la base d'avis scientifiques fiables, indépendants et partagés. (…) L'un des premiers points d'application de cette méthode sera le soutien de la France à l'inscription du thon rouge à l'annexe de la convention internationale sur les espèces sauvages, pour en interdire le commerce. »
CITES, Annexe 1, Annexe 2 : de quoi parle-t-on ?
En parlant d’interdire le commerce du thon rouge, le Président faisait allusion à l’annexe 1 de la CITES : « Les espèces inscrites à l'Annexe I sont les plus menacées de toutes les espèces animales et végétales couvertes par la CITES. Etant menacées d'extinction, la CITES en interdit le commerce international de leurs spécimens. ». La CITES est la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Elle a pour but de veiller à ce que le commerce international ne menace pas la survie des espèces. La CITES est contraignante : les Parties, autrement dit les Etats membres de la CITES, sont tenues d’appliquer ses décisions. Aujourd’hui, la CITES compte 175 Etats membres.
En quoi consiste l’Annexe 2 que certains défendent ? « L'Annexe II est la liste des espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n'était pas étroitement contrôlé. (…) Le commerce international des spécimens des espèces inscrites à l'Annexe II peut être autorisé et doit dans ce cas être couvert par un permis d'exportation ou un certificat de réexportation. »
Les points de vue des différentes parties
Lundi 11 janvier, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno déclarait : « Je me bats pour le thon rouge et la position du Président », soit l’inscription du thon rouge à l’annexe 1. Deux jours plus tard, Bruno Lemaire, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche, prenait la parole sur France 2 : « Si nous inscrivons le thon rouge [en] annexe 2 de la CITES, nous interdisons 90 % des exportations de l'Union européenne, donc je crois que ce sera déjà un progrès important". Bref, désaccord au sein du gouvernement. Depuis, les deux Ministères échangent afin de trouver une position commune.
Le point de vue des scientifiques tendrait à montrer qu’une inscription à l’Annexe 1 serait le plus sage pour préserver l’espèce. Le principal critère d’inscription à l’Annexe 1 est « le déclin marqué » de l’espèce en question. Or, ce sont les paramètres permettant de se prononcer sur un déclin marqué ou non qui sont actuellement débattus. Le WWF a pour cela rédigé une note documentée sur le rapport du Comité scientifique de l’ICCAT pour tenter de fonder le débat sur des arguments rationnels. La question du manque d’informations scientifiques ne pourrait pas être invoquée car « Les données historiques sur le thon rouge sont bien plus importantes que pour la plupart des espèces inscrites en Annexe I (le loris, l’orcelle, l’éléphant d’Afrique…). ». Par ailleurs, selon la note du WWF, tout pousse à penser que le déclin du thon rouge est marqué.
Enjeux socio-économiques et politiques
Tout d’abord, si la France est le premier pays pêcheur de thon rouge, c’est que cette activité permet de faire vivre des familles qui devraient se reconvertir en cas d’interdiction dans un contexte agricole et économique en général très tendu. Le Comité National des Pêches Maritimes exprimait récemment son inquiétude face « risque de détruire un secteur entier de la pêche française ». Selon le Comité, ils seraient environ un millier de marins en France à pêcher le thon rouge - et trois fois plus d’emplois à terre. D’autres sources soutiennent pourtant que la pêche du thon rouge ne concernerait aujourd’hui que 30 bateaux français : "On compte une quinzaine de personnes par navire, dont beaucoup de marins ghanéens et sénégalais", complète François Chartier, chargé des océans à Greenpeace, cité par l’AFP. Difficile dans ces conditions d’avoir un aperçu objectif des conséquences socio-économiques de l’inscription à l’Annexe 1. Durable.com continue d’enquêter.
Au niveau politique, enfin, la décision de la France pourrait être déterminante dans la prise de position de l’Europe qui se fera en mars sur l’éventuelle inscription du thon rouge à l’Annexe 1. Quant aux Français, 65% d’entre eux seraient favorables à l’interdiction de la commercialisation du thon rouge, selon un sondage CSA/Greenpeace réalisé entre le 20 et le 21 janvier sur un échantillon "représentatif" de 1 014 personnes.
A suivre donc…
Liens :
- La note documentée du WWF sur le rapport du Comité scientifique de l'ICCAT
- Le site de l'ICCAT
- Le Comité national des pêches maritimes
- Le sondage CSA/Greenpeace
La commission environnement du Parlement européen s'est prononcée à une écrasnate majorité en faveur du classement du thon rouge en annexe 1 de la CITES (48 voix pour, 2 contre!!)
Il faut absolument que Bruno Le Maire, ministre français de l'agriculture est de la pêche se prononce lui aussi en faveur de l'interdiction du commerce international, ce n'est pas le cas comme l'atteste cette vidéo :
http://www.dailymotion.com/video/xbwhep_m-bruno-le-maire-contre-la-sauvegar_news
Nous sommes nombreux à nous mobiliser sur Internet pour l'inscription du
thon rouge en Annexe 1 de la cites (interdiction de toute
commercialisation internationale) Rejoignez-nous =>
http://www.greenpeace.fr/thon-rouge/
http://www.facebook.com/pages/Cyberaction-pour-la-sauvegarde-du-thon-rouge-/266933986754
En seulement 20 ans, 80% du thon rouge a déjà disparu, et la France via la voix de M. Le Maire risque de condamner le thon rouge à une extinction assurée s'il ne se prononce pas en faveur du classement du thon rouge à l'annexe 1 de la Cites. Faites le changer d'avis en vous mobilisant : http://www.greenpeace.fr/thon-rouge/