Musicien intervenant : une mélodie sans (trop de) fausses notes.

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 

 

Mettre sa passion au service de son métier est un privilège que peu d’entre nous peuvent se permettre... Contrairement à Marie, 35 ans, musicienne intervenante dans les écoles.


 

Une douce mélodie...

 

 

Tout pour la musique

Marie, c’est un peu la détermination faite femme. Une passion : la musique, qui devient objectif. « J’ai fait un bac F11 (ancien Bac Technique de la Musique ou de la Danse), suivi d’un DEUG en Musicologie et du CFMI : Centre de Formation de Musicien Intervenant  ». En parallèle de la formation du CFMI (qui dure deux ans), elle étudie un des instruments super-stars, le violon au conservatoire de Rennes.

 

Portées, clefs, archet, partitions et accessoirement diplôme en main, Marie  devient dumiste en 1999 (abréviation utilisée suite au DUMI : Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant). « Le conservatoire de Dieppe (son lieu de travail) est un site pilote avec un plan musique à l’école. Les enfants de primaire, qui sont sur le territoire du conservatoire, ont deux fois par semaine des cours de musique : 30 minutes de chant choral et 30 minutes d’éveil musical. Une manière d’amener la culture tout en douceur et mélodie. Cela concerne environ 5 000 enfants pour 12 intervenants »

Pas besoin d’avoir la bosse des maths pour comprendre que les journées de Marie sont bien chargées.

 

Un choix pas si cornélien

Chaque intervenant peut choisir les types d’écoles dans lesquelles il veut enseigner : «  j’ai choisi d’intervenir dans des écoles en ZEP (Zone d’Education Prioritaire)  ». Autre signe du caractère de la jeune femme : volonté et détermination à toute épreuve.

 

Très touchée par le chômage, Dieppe est le théâtre d’un déséquilibre social considérale : « les enfants sont parfois les seuls à se lever pour aller à l’école ». La culture de proximité disparaît peu à peu. L’artisanat laisse place à la culture de masse : les supermarchés remplacent les petites boulangeries. La nourriture intellectuelle n’est pas épargnée. Mais la tendance s’inverse : baignés dans la musique des grandes chaînes de télé et de radio, les enfants découvrent un autre univers musical, celui de la musique classique, tout aussi passionnant et d’une richesse infinie. 

 

Cette musique les transporte au sens propre du terme. « Par le biais du plan musique à l’école, on leur ouvre les portes de lieux inconnus. Ils assistent à des concerts scolaires effectués par les profs du conservatoire. En fin d’année, ils peuvent découvrir le casino, la plus grande salle de concert de Dieppe, lors de leur représentation pour le concert de chorale ».

 

Une écoute partagée

« Depuis cinq ans, je m’occupe le soir d’un atelier chant : «  Val Druel Academy  » . Dans ce cadre, Marie s’adapte aux goûts musicaux des élèves : Shy’m, Jena Lee et autres Christophe Maé sont à l’honneur. Une autre manière de faire pénétrer la musique dans la vie des habitants de la ville. La fréquentation est plus diversifiée dans cette chorale : « ils sont 45 au total, du CM1 à la 2de. Certains sont là depuis 5 ans ». Un concert est organisé avec les professeurs de musiques actuelles. Rien de mieux que de partager une passion avec proches et inconnus, qui viennent voir et participer en nombre aux prestations. 

Marie essaye d’emmener son groupe assister à des concerts, « mais cela devient de plus en plus compliqué car les tarifs sont élevés et les salles trop grandes ». Envie et volonté ne suffisent pas toujours.

 

Comme un air de…

Une ambiance familiale émane des ateliers de Marie. Oncles et nièces se retrouvent dans les mêmes classes. « Etant là depuis 12 ans, je connais toutes les familles ». Pourtant, il n’est pas évident d’être dans l’échange avec tout le monde : « avec la musique, on ne touche que les enfants. Il faut donc aussi s’occuper des parents. Pour le concert au casino, l’école prend tout en charge, même le transport des familles ». Un grand nombre de familles n’accède que rarement au centre-ville par manque de mobilité.

 

L’action de Marie est révélatrice d’un vrai besoin : « La première année, j’ai demandé à une enseignante si elle avait un projet scolaire. Elle m’a répondu : la mer ». Un peu trop facile, non, pour une ville comme Dieppe ? « J’ai été très surprise quand j’ai vu que sur une classe de 20 enfants, plus de la moitié n’avait jamais vu la mer ». Plage qui doit se situer à environ 1 km à vol d’oiseau. 

 

De la suite dans les idées

Les chorales de Marie se produisent également dans la crèche du quartier. L’initiation musicale prend racine dès le plus jeune âge. Elle retrouve aussi les autres membres de la famille des enfants qu’elle dirige.

 

Depuis 2002, Marie et les autres dumistes ont mis en place des classes vocales à horaires aménagées dans le collège d’à côté. « Les classes sont ouvertes aux enfants qui ont fait cinq ans de musique en primaire, et qui ont envie de continuer ». Ils ont la possibilité d’aller deux fois par semaine au conservatoire pour leurs cours.  

 

« Les portes du conservatoire s’ouvrent donc à des enfants qui n’en connaissaient pas l’existence il n’y a pas si longtemps ». Une poignée d’élèves part même à Rouen passer un bac avec option musique et d’autres se destinent peut-être au métier de dumiste. Et c’est grâce à Marie.

 

Crédit photo : Flickr/emilianohorcada

Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 3 Juin 2011 à 06:00

 



 
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