Monitrice d’auto-école, une conduite de vie

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 
 

« Tout le monde est bien attaché ? Ok, on peut y aller ». Aujourd’hui la leçon se déroule à bord d’une voiture automatique adaptée pour tous les handicaps, avec Valentine et Sara, 25 ans et monitrice depuis 4 ans.


Voiture auto-école

 

Tous les chemins mènent à l’auto-école

Scolarité normale : bac S, suivi d’une classe prépa pour rentrer dans les grandes écoles. Problème :  « J’étais douée, mais c’était pas vraiment mon truc ». Résultat d’une famille qui veut voir ses enfants réussir et gravir pour eux les échelons. Mais ses objectifs sont contrariés par un souci de santé maternel. « Tu te rends compte qu’étant dans un foyer monoparental, si jamais il arrive quelque chose à ce parent, bah tu te retrouves seule ».

 

L’heure des petits boulots sonne: femme de ménage, baby-sitting, emplois saisonniers…   Le cœur n’y est pas. Sa monitrice la pousse à tenter la formation de moniteur d’auto-école (le BEPECASER). Une formation qui s’effectue en un an. Idéal.

 

« Je me suis dis pourquoi pas, - On ira à droite Valentine - mais j’ai passé l’exam sans grande conviction ». Tout en espièglerie derrière ses lunettes de première de la classe et son air désinvolte.

 

La révélation

Premier examen, brillamment réussi. Second examen, déterminant. Rencontre avec L’examinateur, devenu Mentor. « Il m’a donné envie d’être monitrice. Il m’a raconté son parcours de moniteur sur Paris, difficile mais marrant ». Il l’a également mise en garde : « il faut aimer apprendre et pas juste voir l’aspect financier du métier ».

 

Prise au jeu, et formation en poche, Sara se retrouve sur le marché des instructeurs. « J’ai compris que notre rôle, c’est de marquer suffisamment les gens pour qu’ils n’aient pas envie de faire de conneries après. Chaque métier a sa finalité, un rôle à jouer dans la société ». Simple constat : il y a actuellement plus de 30 millions d’automobilistes, quasiment 1 français sur 2 sur la route.

 

« On apprend à penser que le plus important, c’est pas l’examen, mais l’après. Le but, c’est pas d’apprendre qu’un élève est mort quelques temps après avoir eu son permis… ».

 

Un seul siège passager ne suffit pas

Elle enchaîne les CDD en auto-écoles, un peu comme une vague verte, et travaille notamment pour « En route vers l’emploi », des missions locales qui financent le permis de personnes au chômage. Et les aident dans leur réinsertion sociale. « On leur apprend à faire des CV, à passer leur permis. Ils organisent également un voyage ». Certains n’ont jamais quitté leur ville. Direction : le Bénin où les élèves ont partagé des notions de sécurité routière avec la population béninoise, très touchée par les accidents de la route. « C’était de la pédagogie active, comme celle qu’on apprend en formation ».

 

Mais fatiguée par l’expérience, elle se sédentarise dans l’auto-école où elle travaille encore aujourd’hui. Entre les deux quand même, elle fait du télémarketing pour récolter des fonds associatifs. « Dans chaque travail que je fais, j’aime qu’il y ait une dimension humaine, une raison - Attention Valentine ! - J’ai envie que mon boulot ait un sens ».

 

Un gage de confiance

  « Vous faites tout pour mettre les gens à l’aise », d’après Valentine. « Mon but c’est que les gens conduisent bien, que les gens aiment conduire, même si avant ils avaient peur de ça». D’ailleurs, elle endosse un peu le rôle de « récupératrice » d’élèves qui quittent leurs moniteurs… « Beaucoup de personnes deviennent moniteurs, parce qu’elles aiment conduire, mais il faut d’abord aimer apprendre aux autres, savoir transmettre ».

 

Les relations qu’elle entretient avec ses élèves sont cordiales. En même-temps, Sara, simple, naturelle sans une pointe de maquillage, et tout en générosité, qui chante à tue-tête du Britney Spears pendant les leçons, cela joue beaucoup.

«  Quand t’es dans du commerce, tu dois comprendre les craintes, les attentes des individus. Ça marche beaucoup sur la confiance parce que les gens savent pas trop où ils vont. En moyenne, un élève vient 2 fois par semaine, de 2h à 5h de conduite ce qui revient à dépenser entre 96€ et 240€ par semaine. Tu dois être digne de cette confiance, parce que conduire, avoir   une voiture, c’est un luxe ! ».

 

Contrairement à certains moniteurs qui imposent leurs choix, la monitrice essaye de convaincre. « Je transmets des connaissances, mais la personne ne doit pas être d’accord avec moi, juste parce qu’elle m’aime bien ». Le moniteur ne peut faire à la place de l’élève : se déplacer, payer, conduire et donc décider. Mais petit à petit, ils évoluent. Cependant, « c’est stressant car t’es dans l’attente de ce que l’élève peut ou va faire. Et quand il n’y arrive pas, ça déçoit, ça rend triste. Tu te remets en question parce que tu comprends pas forcément pourquoi ça fonctionne pas ». A l’inverse lorsque l’élève vole de ses propres ailes, l’instructeur ne peut qu’être fier.

 

Un peu plus que de la conduite

L’obstacle du prix dépassé, la confiance est là et paye littéralement. Une fois le permis obtenu, Sara n’est pas laissée sur le bord de la route, au contraire. « Des anciens élèves viennent me voir sur Facebook pour me dire qu’ils ont pensé à moi en faisant ça, ou que ma voix raisonne constamment dans leur tête ! C’est un peu comme un héritage ». La place qu’occupe le moniteur va bien au-delà de 20, 30 ou même 60 heures de conduite. « Les élèves qui se rappellent de toi, c’est important, car tu les aides un peu à se construire ». Bien plus que cela, Sara pousse les gens à dépasser leurs limites, donne de la suite dans leurs idées. « Ils se disent, puisque j’ai réussi le permis, je peux tout faire ! ». Et de cette manière naissent des vocations d’assistantes maternelles, par exemple.

 

Pendant ses leçons de conduite, il lui arrive de faire des cours d’alphabétisation avec certains élèves étrangers ou encore de donner des leçons de responsabilité civique (accidentologie) et d’économie (le prix de l’essence). « C’est de l’échange, avec la dimension humaine en plus. A terme, ils ont beaucoup plus que ce pourquoi ils sont venus ».

 

 

« Bon bah Valentine, on a bien conduit aujourd’hui. Ça commence à aller mieux, vous êtes plus à l’aise. On se voit la semaine prochaine, c’est ça ? »

 

Crédit Photo: Flick/jean-louis zimmermann


Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 13 Mai 2011 à 06:00

 



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