Marées noires, dégazage, chasse à la baleine... Nous avons tous vu ces images. Mais au large, loin des caméras, un autre risque menace les cétacés : les collisions avec des navires. L'impact peut entraîner la mort de l'animal et, dans certains cas, endommager le bateau et ses passagers. C'est pourquoi depuis 10 ans, l'association Souffleur d'Écume se bat pour préserver les cétacés, notamment en Méditerranée. Pascal Mayol, directeur de l'association, a accepté de nous exposer le problème, mais aussi les solutions en cours de développement.
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Durable.com : Quels sont les impacts des activités humaines sur cétacés ?
Pascal Mayol : La pêche, évidemment, mais aussi la pollution chimique, qui entraîne des diminutions de taux de fécondité et augmente les maladies. S'il n'est pas évident d'établir un lien de cause à effet direct entre un animal malade et le taux de pollution retrouvé dans ses tissus, on sait que c'est un facteur très important. La pollution acoustique, via le bruit de moteur des bateaux, les sonars civils et militaires ou les travaux de prospection pour le pétrole, peut entraîner la surdité des cétacés. Enfin le dérangement des cétacés, lié à l'importance du trafic maritime, fait fuir les animaux des lieux qui satisfont leurs besoins vitaux. Ceux-ci s'alimentent et se reproduisent donc moins bien. Mais l'une des principales causes de mortalité des cétacés reste les collisions avec des navires. L'été dernier, un rorqual et un cachalot ont été victimes de collision sur la seule côte française. Depuis les années 70', une cinquantaine de cas « connus » ont été dénombrés en Méditerranée, sans compter tous ceux qu'on a pas su. Même si ce chiffre peut sembler faible, les populations de baleine sont numériquement réduites, isolées et leur stratégie de reproduction est très lente. Donc quelques collisions avec des navires peuvent mettre en danger la population dans son ensemble.
Durable.com : Mais pourquoi les cétacés n'arrivent pas à éviter les bateaux ?
Pascal Mayol : La Méditerranée cumule dans un faible espace-temps une forte densité de bateaux et de baleines. En effet, c'est au coeur de l'été que les deux « espèces » s'y retrouvent en nombre. Comme les cétacés sont obligés de remonter à la surface pour respirer, ils sont à ce moment particulièrement vulnérables. Et comme ils entendent les bruits des bateaux en permanence, ils ne se rendent pas compte du danger. De plus, la mer n'est pas constituée de masses d'eau homogènes. Le son ne se propage pas de la même manière selon la salinité, la température, etc. Donc si un animal se trouve dans une masse d'eau différente de celle d'un navire, il peut ne pas l'entendre.
Durable.com : Existe-t-il des outils pour éviter les cétacés ?
Pascal Mayol : En Méditérranée, il est difficile de prévoir leur position car les baleines n'ont généralement pas de trajet récurrent. La distribution est extrêmement variable d'une année, d'un mois, d'un jour à l'autre. Depuis 2000, un programme de diminution des risques de collision en Méditerranée a été mis en place par l'association Souffleurs d'Écume, en partenariat avec des compagnies de navigation et des institutions scientifiques. Un outil technologique collaboratif à l'usage des compagnies de navigation, géré conjointement par notre association et par l'entreprise Chrisar vient de voir le jour : le système REPCET. Ce système permet aux navires de connaître en temps réel les positions de baleines dernièrement observées sur leurs routes de navigation. Les navires sont à la fois récepteurs et émetteurs de l’information, grâce à une interface informatique et une communication satellite. Aujourd'hui le système est en phase finale de tests avec la contribution de plusieurs compagnies de navigation partenaire. Il doit être déployé à partir de cet été.
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