Le volcan de Tenerife accueille dorénavant un tramway

 

L’île de Tenerife, dans l’Archipel des Canaries, accueille un nouveau tramway avant-gardiste et très coloré. La particularité de ce tramway tient principalement à sa capacité de monter à plus de 600 mètres d’altitude. L’exploit réalisé quant à la construction d’un tramway sur un massif volcanique comme celui de Tenerife est d’autant plus important.

 

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Situé à proximité du port de l’île, non loin de la Plaza de España, dans un quartier neuf aux immeubles modernes, un bruit de cloches avertit de l'arrivée au terminus Intercambiador d'une rame du tramway. Le tranvia compte cinq voitures colorées, installées sur des rails posées au milieu d'une belle pelouse verte. Nous ne sommes pas dans une grande ville mais bien à Santa Cruz, sur l'île de Tenerife, dans l'archipel espagnol des Canaries (28° de latitude Nord, en face du Sahara occidental). Près de 340.000 personnes vivent à Santa Cruz et dans ses environs, fortement urbanisés jusque dans les pentes du relief volcanique. Les voitures du tramway sont toujours remplies et le quai du terminus bondé de monde. Environ 50.000 personnes utilisent cette ligne, baptisée 1 pour se déplacer. La seconde est déjà en construction.

 

Les habitants ont largement opté pour ce nouveau moyen de transport, trompant les pronostics. Le trafic a déjà deux années d'avance sur les objectifs initiaux de MTSA (Metropolitano de Tenerife). Depuis sa construction, en juin 2007, la circulation automobile est beaucoup moins importante. D’après une étude, 55% des voyages aujourd'hui effectués en tramway n'étaient pas auparavant effectués en bus, et l'étaient donc à pied ou en voiture.

 

  • Un terrain incommode

 

Le chantier n’avait rien de facile. L'île de Tenerife est située sur un grand massif volcanique. La ligne de tramway doit monter jusqu'à la ville de San Cristóbal de La Laguna (dite La Laguna), soit à 600 mètres d'altitude. La pente moyenne du tracé est de 5% et le maximum atteint 8,5%. Très peu adapté pour un tramway classique, la météorologie et la géologie compliquent d’autant plus la situation. La pluie est rare mais tout de même plus fréquente qu’au Sahara et, en hiver, de courtes rivières se forment, dévalant les pentes et creusant des ravines, asséchées en été. Il a donc fallu s’adapter à un sol instable par endroits et drainer généreusement.

 

MTSA a choisi pour son tramway des rames Citadis, conçues par Alstom. Le modèle choisi, le 302, à 5 voitures, est long de 32 m et repose sur trois bogies. Il existe le même à Angers, Montpellier ou encore Paris (T2). Il est dit à plancher bas intégral. Les moteurs sont intégrés aux bogies (comme sur l'AGV) mais suffisamment fins pour ne pas imposer de remonter le plancher à leur niveau. Le modèle 302 compte deux moteurs, ce qui n'aurait pas satisfait le tramway de Tenerife afin de dépasser les pentes de son tracé. Alstom a donc mis un troisième moteur dans le bogie du centre. Cependant, l'alimentation reste classique. Elle passe par des caténaires délivrant 750 volts. Sa consommation est proche de 7 kWh par km.

 

Après la pose des rails et le choix du matériel roulant, un travail de longue haleine reste à faire... Une dizaine de firmes de plusieurs pays ont dû participer à la mise en œuvre du projet. L'une d'elles (Transdata, filiale de Transdev) s’est chargée de coordonner le travail des autres pendant la construction.

 

  • Le système informatique du tram : une collaboration européenne

 

L’une des plus grosses parties du travail est le système informatique, qui a réquisitionné six sociétés, dont quatre françaises, une espagnole et une portugaise. Depuis la salle de contrôle centrale, seules quelques personnes gèrent l'ensemble du réseau, contrôlent les images des caméras de surveillance, localisent la position des trains, relèvent ceux qui ont du retard ou un incident, reçoivent les alertes et, même, répondent de vive voix aux usagers appelant des interphones. Dans les bureaux de l'administration, différents tableaux de bord informent sur l'état de l'activité, graphiques à l'appui. Pour parvenir à ce résultat, de nombreux logiciels sont exploités.

 

L'informatique temps réel a nécessité le travail de deux entreprises (Efacec et Ikusi), qui ont créé les systèmes électroniques pour contrôler l'alimentation électrique, la billetterie, les interphones, les annonces par haut-parleurs, les alarmes, la vidéosurveillance et même le Wi-Fi pour pouvoir se connecter avec un portable dans le tramway... "Et encore, ajoute Jacques Boulet, consultant travaillant pour Transdev et qui a œuvré à Tenerife, Efacec et Ikusi ont eux-mêmes mobilisés des sous-traitants..."

 

La plupart de ces entreprises ont pour domaine de prédilection le transport et la création de logiciels est spécifique de ce métier, voire du chantier en préparation. « A peu près la moitié des logiciels graphiques que nous avons installés à Tenerife ont été adaptés », raconte Dominique Balme (Carl Software) qui a procuré les outils informatiques nécessaires à la maintenance.

 

  • Le tramway connaît un succès grandissant

 

Au final, la réalisation du projet de Santa Cruz de Tenerife aura couté plus de 300 millions d'euros. L’investissement est important mais le gouvernement local (le Cabildo) envisage déjà de prolonger la ligne 1 et de construire une deuxième ligne transversale, en attendant la construction d'un chemin de fer classique entre Santa Cruz et le sud de l'île.

 

Le tramway connaît aujourd’hui dans le monde entier un succès grandissant. L’évolution du marché mondial du tramway, que certains surnomment le métro léger, serait pratiquement équivalente à celle des TGV. Après plusieurs années d’abandon, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le renouveau est général et de nombreuses villes redécouvrent des lignes de tramways inexploitées depuis longtemps. C'est le cas de Santa Cruz, où le 1er tram a circulé en 1901.

 

Avec près de 350 réseaux mondiaux, et une crise financière à échelle mondiale, pourrait-on assister à un coup de frein ? « Je ne crois pas, estime Jacques Boulet. De nombreuses villes veulent aujourd'hui s'équiper. A Porto, les rues exiguës ne se prêtaient pas bien à une nouvelle ligne, et pourtant... Et puis de nombreuses villes en profitent pour réaménager la cité, comme à Strasbourg par exemple. »

 

Jean-Luc Goudet

 

Consulter l’ article original sur Futura-Environnement

Publié par Marie Roussel
le jeudi 30 Septembre 2010 à 10:00

 



 
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jeudi 30 Septembre 2010 à 14:03 Par Etonné
 

Sauf erreur, la ligne 2 existe depuis plus d'un an ...

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