Chaque année, dans la nuit du 1er au 2 novembre, l’une des coutumes mexicaines les plus anciennes illumine la pénombre automnale. Rite précolombien calqué sur le calendrier chrétien, el Dia de los Muertos - la fête des morts - est un moment pendant lequel vivants et défunts communiquent, partagent, mangent et font la fête. Premier volet de la chronique « En vivo desde Mexico » rédigée par Delphine Rigaud, notre reporter et envoyée spéciale pour la conférence sur le climat de Cancun. Jusqu’à mi-décembre, découvrez les coulisses de son voyage Mexicain.
Passer la nuit dans un cimetière n’est pas forcément l’une de mes activités favorites. Mais vivre cette expérience au Mexique, en plein Dia de los Muertos, dans la région de Patzcuaro, pourrait le devenir.
- Patzcuaro, pueblo magico
Patzcuaro, ville et lac du Michoacán, territoire des indiens Purépecha, au cœur du Mexique. La citée fait partie des Pueblos Mágicos (villages magiques). Ses habitants sont les gardiens de rites ancestraux. L’origine de son nom fait débat : « porte du ciel » ou « lieu de noirceur », selon l’humeur. A 2.140 mètres d’altitude, les nuages humides viennent s’y échouer, abreuvent et verdissent les terres alentours. Ses rues pavées jouent aux montagnes russes. Ses maisons, sagement uniformisées, sont blanchies à la chaux et renforcées par des poutres rouges. Un petit air de pays basque.

Malgré la forte présence touristique, il n’est pas d’autre endroit pour vivre une nuit comme celle-ci. Suivant les conseils de Mexicains, ni le lac, vidé de ses truites et en proie à une pollution irréversible, ni l’île Janitzio, bondée, ne sont au programme. Les flancs du lago Patzcuaro sont plus propices à une expression culturelle authentique, reconnue chef d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité en 2003 par l’UNESCO.

El Dia de los Muertos a évolué en même temps que la société mexicaine s’est modernisée. Mais selon les croyances des Purépechas, cette nuit est l’occasion d’abandonner son quotidien pour se concentrer sur le sacré et le partage avec la communauté. Chaque élément du rituel, chaque objet, joue un rôle spécifique dans ces retrouvailles. Une fois par an, les âmes défuntes sont de retour et célèbrent avec leurs familles cette rencontre. Voilà pourquoi cette nuit est joyeuse.
- Cimetières en fête
Les cimetières sont le lieu des festivités. Les tombes sont transformées en autels couverts de bougies et de grosses fleurs orange. Ces fleurs sacrées de tiringuini-tsïtsïki (rose d’Inde ou Inca orange) purifient l’espace et transmettent leurs vertus festives au tombeau. Il n’est pas de fête sans nourriture au Mexique. Pendant plusieurs jours, les familles préparent sans relâche le pan de muerto, pain du mort. Ce petit pain rond avec deux os croisés sur le dessus et saupoudré de sucre est déposé sur l’autel pour rassasier l’âme du défunt. D’autres aliments et boissons sont ajoutés à l’autel, ceux que le disparu appréciait particulièrement. Coca, téquila et cigarettes forment le trio magique. Eau, sel, encens, fruits, objets personnels, photos, vêtements viennent compléter cette nature morte.
Dans la nuit humide et fraîche, les cloches de la petite église appellent et guident les âmes vers leurs proches. Les familles veillent leurs morts dont les âmes ont envahi le cimetière. Habituellement, tristesse et solitude sont associées à ce lieu morbide. Là, tout sentiment de frayeur s’évapore et laisse place à un étrange apaisement. Les enfants chahutent autour des tombes sous les yeux indulgents des adultes qui dégustent tamales * et atoles**. Les adolescents trinquent à tout va et font éclater quelques pétards. D’autres se sont paisiblement endormis au coin des feux improvisés pour combattre le froid. Il est deux heures du matin. La nuit est loin d'être terminée.
Delphine Rigaud, depuis le Mexique
Je n'avais pas vu cet article et cette vidéo, c'est très intéressant. Bravo pour cette nouvelle version de votre site également.
C'est malheureusement une cérémonie que j'ai pu vivre et qui est très émouvante.