L'homme a inventé la pollution agricole.

Agri Culture - La chronique du mercredi

 

 

L’agriculture française pollue. On le sait, depuis 50 ans, la chimisation excessive de notre agriculture maltraite les sols, agresse la biodiversité et contamine les eaux. Mais l’utilisation excessive de produits chimiques aurait pu ne pas être nécessaire, si l’homme ne l’avait pas créée artificiellement, peut-être sans même s’en rendre compte. Connaître d’où vient le mal permet de s’engager dans des solutions durables pour l’environnement.



Champs de blé

 

 

Mieux utiliser le soleil pour nourrir le monde, c’est bien non ? 

 

Le principe de base de la recherche agronomique française était simple : les surfaces sont limitées sur la planète, la population mondiale augmente, il faut donc accroître les rendements à l’unité de surface. Pour cela les chercheurs voulaient livrer aux agriculteurs des variétés végétales aux rendements optimaux.  

 

Quoi de plus écologique qu’une plante ? Une plante capte l’énergie solaire pour en faire des calories alimentaires : nos calories, notre énergie vient du soleil: ce sont les végétaux qui, par photosynthèse, fixent la lumière sous forme d’amidon, de sucre et autres. Tout l’effort agronomique s’est donc porté sur la recherche de variétés capables de bien intercepter la lumière, pour augmenter la production à l’hectare et répondre aux problématiques mondiales. En somme, rien de plus louable.

 

L’environnement mis à l’écart pour réaliser des économies d’échelles

 

Mais la recherche n’est pas gratuite, et se préparait à investir beaucoup d’argent, se devant de l’amortir très vite. Le rendement du capital, la rentabilité des investissements effectués, même quand il y a eu recherche publique, ont donc été le moteur de ce qui nous arrive aujourd’hui.

 

C’était très clair, pour amortir en très peu de temps ces investissements il fallait le faire sur de très vastes surfaces agricoles et réaliser ainsi des économies d’échelles. L’objectif était de sélectionner quelques variétés dans des lieux donnés, avec l’espoir qu’elles puissent s’implanter partout. Ainsi, l’idée était d’avoir les mêmes variétés optimisées aussi bien dans les régions du Nord comme du Sud de la France. Il fallait donc gommer dans le potentiel génétique des plantes tous les caractères qui étaient accrochés aux terroirs, comme les variations de la durée du jour et de la nuit.  En fait on a cherché un produit standard, et là on sent bien que ca ne va pas être bon pour l’environnement que l’on néglige.

 

L’homme invente un milieu de culture…qui n’est plus très naturel

 

Quand on fait de la sélection variétale, on répète les expériences et on compare les moyennes de rendement entre espèces. Il est essentiel de s’assurer que les différences de rendements mesurés proviennent bien de la variété, et non pas du sol qui, ici était plus fertile, là avait des champignons, ou ailleurs hébergeait des insectes. Les résultats devant être rapides, il fallait donc homogénéiser le milieu

 

Les recherches ont été faites sur les sols les plus fertiles. Mais pour homogénéiser la quantité de cailloux, le mieux c’est de prendre une terre sans aucun caillou. Pour homogénéiser la quantité de phosphates on met beaucoup de phosphates, comme ça la petite différence du milieu naturel disparaît. Pour éviter qu’il y ait des champignons on met des fongicides, pour éviter qu’il y ait des insectes on met des insecticides, pour éviter qu’il y ait des mauvaises herbes soit on désherbe bien, soit on met des herbicides.  

 

Ainsi la sélection de ces variétés a été réalisée dans un milieu totalement contrôlé. Alors oui, très vite, les chercheurs ont réussi : ils ont sélectionné des « variétés à très haut potentiel génétique de rendement photosynthétique à l’unité de surface » et, pour simplifier, les ont appelées variétés améliorées.


Ces variétés ont un coût, pour être rentable, l’agriculteur a dû recréer le milieu standardisé

 

Avoir des variétés à haut potentiel génétique, c’est comme être à la tête d’une usine qui a une très grande capacité de production : on ne la fait pas tourner à 10 ou 15% de sa capacité, ce n’est pas rentable. Alors pour que les variétés améliorées fonctionnent à pleine capacité il fallait reproduire le milieu expérimental : mettre des engrais, des fongicides, des insecticides… il fallait bien se tourner vers cette chimisation outrancière. A partir de là notre agriculture est devenue excessivement chimisée.


Aujourd’hui que pouvons nous faire ?

 

Heureusement la sélection variétale à l’avantage d’être facilement réversible. On pourrait trouver des variétés à haut potentiel génétique spécifiques aux différents terroirs, qui n’exigent pas le recours à tant de produits chimiques. Mais c’est presque de l’étude au cas par cas : bien plus coûteux en temps et en argent, il est peu probable de voir ce scénario mis à l’œuvre. Malgré tout, réfléchir à une toute autre forme d’expérimentation agronomique est essentiel. Par exemple placer le paysan au cœur de l’innovation et l’agronome en support, garantit le respect des spécificités du terroir. 

 

Alors, à court terme, que faire pour lever le pied sur les produits chimiques ? Pourquoi ne pas chercher un optimum rendement/coûts de production au lieu de toujours maximiser le rendement à l’unité de surface ? Voilà qui, bien qu’amoindrissant le rendement, réduit l’utilisation de produits chimiques. En définitive produire rentable, et durable   ! C’est déjà le principe sous-jacent de l’agriculture raisonnée, puisque les agriculteurs savent bien que chimiser à tout va, en plus d’être cher, abîme leurs sols. Non, l’avenir n’est pas si noir.

 

 

Publié par Victor Saint-Père
le mercredi 4 Mai 2011 à 06:00

 



 
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jeudi 12 Mai 2011 à 08:04 Par Evening
 

Merci cela ma aidée pour mon exposée d'S.V.T

jeudi 5 Mai 2011 à 23:44 Par jeremie31
 

très interessant, on en apprend beaucoup !

jeudi 5 Mai 2011 à 07:08 Par Kiwifruit
 

Bon article pédagogique qui met bien les idées en place! Quand on sait que certains insecticides organophosphorés ont des compositions chimiques très proches de certains gaz de combat, il y a de quoi se poser des questions!

jeudi 5 Mai 2011 à 07:02 Par yassine
 

très bon article, c'est du joli !

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