Par Alix PEILLON - Rédacteur Durable 0 Commentaire - Partager :
Le Grenelle 2 prévoit la généralisation de l’affichage des informations environnementales sur les produits et services à partir du 1er janvier 2011. Une décision qui semble répondre à une forte demande des Français si l’on en croit l’enquête d’ Ethicity, « Les Français et la consommation durable » : en 2009, 85 % des Français déclarent souhaiter une information sur les étiquettes concernant l'impact environnemental des produits ! Ainsi, les Français vont-ils véritablement modifier leurs comportements d’achat en fonction de ces nouvelles informations ?
Votée au Sénat en octobre 2009 et encore en cours d’examen à l’Assemblée Nationale, la loi Grenelle 2 est ainsi formulée : « le consommateur doit être informé (…) du contenu en équivalent carbone des produits et de leur emballage ainsi que de la consommation de ressources naturelles ou de l'impact sur les milieux naturels qui sont imputables à ces produits au cours de leur cycle de vie ». L’ AFNOR et l’ ADEME sont donc actuellement en train d’élaborer une méthode de calcul des émissions commune à chaque type de produit et de définir un ou deux indicateurs supplémentaires par produit. Par exemple, l’affichage concernant l’agroalimentaire devrait indiquer le poids en équivalent CO2 émis et l’impact de la production sur l’eau et la biodiversité.
Certains distributeurs ont déjà expérimenté l’affichage CO2 : Casino le fait désormais sur une part croissante de ses produits. Il s’agit là d’étiquettes CO2 imprimées sur les packagings de la marque qui a développé sa propre méthode de calcul fondée sur l’analyse du cycle de vie du produit. 3 magasins Leclerc ont également tenté l’expérience depuis maintenant 2 ans. Dans ce cas là, il s’agit d’un affichage CO2 en rayons à partir de données génériques : par exemple un yaourt de 2 marques différentes aura le même poids carbone si le packaging est de même type, indépendamment des efforts du producteur. L’impact de ces efforts sur le panier des clients n’est
toutefois pas évident, ou en tous les cas, il n’est pas immédiat : « Après six mois d’expérimentation dans une grande surface que nous avons accompagnée dans cette démarche, le bilan carbone du panier moyen des clients n’avait pas changé. », explique Florent Gitiaux, consultant chez Ethicity, cabinet de conseil en développement durable. En effet, il faut généralement au moins 1 an et demi à 2 ans pour voir des changements de comportements significatifs.
« Le gros risque de cette démarche serait de créer de la complexité supplémentaire en ajoutant aux labels existants un indicateur CO2, eau, biodiversité, etc. Le consommateur risque d’être perdu au milieu de toutes ces informations, en plus parfois contradictoires ! Par exemple, comment choisira-t-il entre un yaourt X bon sur l’indicateur eau mais mauvais en CO2 et un yaourt Y qui indiquerait le contraire ? », s’inquiète Florent Gitiaux. Ainsi, selon lui, le succès de cet affichage en janvier 2011 reposera sur :
- une information claire, voire synthétique : on pourrait regrouper par exemple les indicateurs eau/biodiversité/CO2 pour en faire un seul indicateur « impact sur l’environnement »
- une information parlante pour le consommateur. Si on prend l’exemple de l’information nutritionnelle, celle-ci n’a commencé à influencer les achats qu’à partir du moment où on a parlé de pourcentage des apports journaliers recommandés, ce qui est beaucoup plus parlant que de donner le nombre de calories. L’idéal serait de pouvoir faire quelque chose de similaire.
- un travail de pédagogie pour compléter l’affichage par des conseils simples. Par exemple : « En choisissant les grands volumes, je réduis mon impact sur l’environnement par rapport à des portions individuelles. »
Aujourd’hui, les groupes de travail de l’AFNOR et de l’ADEME avancent bien, mais n’ont encore rien fixé. Affaire à suivre donc…
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