Bangkok n'aura pas permis de grandes avancées dans les négociations sur le climat en vue de la conférence de Copenhague. L'étape Thaïlandaise s'est même achevée sur une nouvelle polémique : quel avenir pour le protocole de Kyoto une fois le nouvel accord international finalisé au Danemark ?
Les discussions sur le réchauffement climatique s’achèvent à Bangkok sans changements notables. Certes le texte du futur accord de Copenhague a bien été réduit, passant de 200 à 100 pages plus lisibles et plus manœuvrables. Mais les pays riches ne se sont toujours pas montrés clairs sur leurs intentions concrètes en matière de réduction de gaz à effet de serre. Le financement de l’aide aux pays pauvres est également resté au point mort en Thaïlande.
L’issue de Bangkok est finalement peu surprenante tant ces deux points demeurent complexes dans un calendrier de négociations aussi court. Cette fois-ci, en revanche, une nouvelle polémique s’est invitée aux débats, par l’intermédiaire des Etats-Unis. L’ avenir du protocole de Kyoto, jusque-là non abordé, ajoute un obstacle supplémentaire au processus de discussions.
- Faut-il "tuer" Kyoto ?
La position américaine s’est radicalisée avec le refus catégorique de signer tout nouvel accord qui inclurait le protocole de Kyoto. Le texte, signé en 1997, oblige 37 pays industrialisés à réduire leur émissions de CO2 d’ici à 2012, mais ne force en rien les pays émergents (Chine et Inde en tête) à appliquer les règles imposées aux pays riches. Seuls les Américains, parmi les nations développées, avaient refusé de le ratifier.
« Nous voulons un accord signé par tous les pays. Les choses ont changé depuis Kyoto. Les niveaux de 1990 et ceux d’aujourd’hui sont très différents. Nous ne pouvons pas approuver un texte vieux de 20 ans. Nous voulons que tous les pays entrent en action », a déclaré au Guardian Johnathan Pershing, négociateur en chef des Etats-Unis à Bangkok.
Toujours selon le quotidien britannique, les Américains penchent en faveur d’un accord global dans lequel les pays seraient libres de choisir leurs propres limitations et calendriers, engagements qui seraient mesurés et vérifiés par des experts indépendants.
- Tollé des nations en développement
Les réactions des pays émergents et en développement ne sont pas faites attendre. La Chine, soutenue par le G77 (groupe de 130 pays dont l’alliance des petits pays insulaires) a vivement rejeté cette option estimant que le problème du changement climatique « a été créée par une petite minorité de pays. La grande majorité des pays en développement en sont victimes ». Yu Qintai, ambassadeur et représentant de la Chine, a ajouté en conférence de presse : « C'est comme si, dans les cinq dernières minutes d'un jeu, un joueur mettait en avant un ensemble de nouvelles règles, un nouveau format, un nouveau mandat et attendait de l'autre joueur qu'il accepte cela comme une condition préalable à tout progrès ».
La catastrophe aurait même été frôlée avec cette autre proposition d'attribuer aux Etats-Unis un traité à part, en accord avec les pays en développement, et qui limiterait ses émissions de CO2 sur la même vitesse que celle des autres nations. Après réflexions, certains membres du G77 auraient menacé de quitter la table des négociations.
Pour Yvo de Boer, secrétaire général de la Convention-cadre, la fin du protocole de Kyoto n’est pas à l’ordre du jour. Sa suppression ne serait de toute façon applicable que si tous les signataires du traité donnaient leur accord à son retrait. Mais cette nouvelle polémique détourne les discussions de leur objectif : trouver un compromis à Copenhague.
Prochaine étape, Barcelone début novembre. Les parties se retrouveront en terres espagnoles pour cinq ultimes journées avant la rencontre danoise.
Delphine pour Durable.com