Conducteur de travaux : un métier qui se conjugue au féminin

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 

 

Marie, 23 ans est conductrice de travaux depuis près d’un an, au sein d’un groupe leader mondial du BTP. Autant dire qu’elle ne parle pas mode tous les jours !


La vie de chantier

 

Une double casquette

« Alors tout d’abord, je ne suis pas chef de chantier, mais conducteur de travaux ». Un métier qui est propre à la construction neuve. Le conducteur de travaux s’occupe de la relation client, des commandes, des devis et de la gestion de l’ensemble du chantier. « Le chef de chantier, lui, s’occupe plutôt des gars sur le chantier, de la vérification des délais et du travail ». Ce qu’elle fait également d’ailleurs, étant donné qu’il n’y a pas de chef de chantier sur son lieu de travail. 

 

« Je travaille dans des chantiers de réhabilitation sociale et de réhabilitation lourde ». La réhabilitation sociale, c’est la rénovation de logements sociaux qui peuvent être encore habités pendant les travaux. Marie et les ouvriers cohabitent avec des locataires présents, s’adaptent au fonctionnement de la vie d’un immeuble. Et ce, en procédant toujours de la même manière : rénovation complète des pièces d’eau (cuisine, salle de bain, WC), remise à neuf de la plomberie, du chauffage, de la ventilation, du gaz, de l’électricité, des portes et des fenêtres. Quant à la réhabilitation lourde, « c’est le curage complet du bâtiment, la reconstruction intérieure et extérieure à l’état neuf. Parfois, il y a aussi des travaux de résidentialisation (création d’espaces verts, parkings, réseaux…) »

 

Le contact qu’elle entretient avec les locataires est un élément majeur dans la réhabilitation. Marie agit de manière invisible mais pérenne, et permet aux locataires et autres résidents de prendre pleinement possession des lieux. « C’est parfois très frustrant de voir que le projet conçu par le client et l’architecte a été fait « à l’arrache », sans réelle considération pour les utilisateurs à venir, avec des matériaux bas de gamme pour un chantier toujours plus rentable ».

 

Un destin déjà tout tracé

« Je suis passionnée d’architecture et de bâtiment depuis toute petite, et j’ai orienté mon parcours dans ce sens. J’ai pas fait architecte, parce que je voulais être plus proche des aspects techniques, et du chantier en général ». Et elle raconte cette anecdote amusante : « Petite fille, j’avais demandé une caisse à outils pour Noël, et puis je me suis ravisée parce que je me suis dit que le Père Noël n’y connaissait rien en bricolage ! Alors je l’ai demandée pour mon anniversaire finalement. » 

 

C’est pour ça que Marie a fait un Bac S.SI (S option Sciences de l’Ingénierie), suivie d’une classe prépa PTSI puis PT (prépas généralistes pour les écoles d’ingénieur), et pour finir, la prestigieuse école des Arts et Métiers ParisTech. « J’ai choisi cette école parce que justement cette orientation très technique permet d’acquérir de réelles compétences sur le terrain, et pas simplement savoir faire un calcul et connaître la rentabilité économique de telle ou telle chose ». Pour parfaire sa formation dans le BTP, elle a fait 3 stages dont un dans l’industrie automobile à la chaîne, et un dans un bureau d’études structure  spécialisé dans les Tours de Grande Hauteur. Pour gagner des galons, elle a passé sa 3ème année à Edimbourg, et fait un Master «  Structural and Fundation  Engineering ».

 

Etre une femme dans l’univers du BTP 

De par sa double casquette de conductrice de travaux et de chef de chantier, Marie est en contact avec tout le bâtiment : « je suis en relation régulière avec les ouvriers sous-traitants et leurs patrons, mes collègues, le client et l’architecte, les locataires, les divers organismes de contrôle et les services généraux. Le relationnel doit représenter une bonne moitié de mon travail »

 

Forcément, rencontrer ou diriger autant de personnes ne se fait pas sans de forts a priori de leurs parts. « Au premier abord, le fait d’être une femme, peut-être trop jeune aussi, ne facilite pas les relations. Mais au final, ça se passe plutôt bien ». Le vrai défi, en réalité, n’est pas la réaction des personnes avec lesquelles elle travaille, mais celle des gens qui découvrent son métier.   « C’est vrai que ce n’est pas vraiment un métier de femmes, mais j’ai jamais ressenti le besoin de le justifier en quoi que ce soit. Heureusement, sinon je n’aurais pas passé ce Bac (5 filles sur 34), ni cette prépa (4 filles sur 40), ni cette école (7 filles sur 140, presqu’un record). Je me sens très bien dans les univers masculins ». Marie s’amuse plus qu’autre chose de la réaction des personnes quand elle parle de son métier.

 

Du haut de son mètre 65, Marie sait communiquer et se faire respecter. Et parce que sinon ce ne serait pas drôle, elle doit faire avec un métier au cœur de problèmes  toujours plus nombreux à résoudre. « La planification d’un chantier est toujours très difficile (délais de plus en plus courts, absence des entreprises et locataires, problèmes de matériel, d’approvisionnement ou travail mal fait tout simplement). Ça peut devenir un vrai problème lorsqu’on est chez un locataire, et qu’à 17h, on se rend compte que le plombier a oublié de brancher l’eau… ». Mais malgré tout, « c’est passionnant ! »

 

Marie compose avec l’inconnu et rend palpitant son métier, mais aussi les relations qu’elle peut avoir avec les autres. Elle est toujours pressée par le temps : « C’est fatiguant, surtout que nous changeons de chantier tous les 1 ou 2 ans. C’est difficile de travailler à côté de chez soi. En ce moment, j’ai environ deux heures de transport par jour (sachant qu’elle doit être sur le chantier aux alentours de 7h40 et qu’elle finit entre 18h et … aussi tard qu’il le faut) ».

 

Crédit photo : Flickr/LAC/BAC

 

Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 1 Juillet 2011 à 06:00

 



 
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lundi 15 Aout 2011 à 15:18 Par L'escargot qui s'en tape le coquillard !
 

Et pourquoi pas une femme conductrice de travaux publics ou contremaîtres dans les BTP ? Pourquoi pas à la tête d'une entreprise de BTP ? Elles ne sont pas écervellées, elles sont juste un peu moins fortes côté physique. Et prends-toi ça dans la tête !

dimanche 3 Juillet 2011 à 16:40 Par sarah
 

autoentrepreneur dans le batiment en tant que jointeuse placo trouve ca super que les femmes ai leur place

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