Les négociations sur le climat ont repris du service. Cinq mois après la décevante issue du sommet de Copenhague, les ministres de l’environnement d’une quarantaine de pays se sont retrouvés dans le château de Petersberg, près de Bonn en Allemagne, pour relancer le processus des négociations climatiques. Cette rencontre, « le dialogue de Petersberg », proposée par la chancelière allemande Angela Merkel et le Président mexicain Felipe Calderon, a permis de « briser la glace ». Il reste 7 mois avant la prochaine COP 16, la conférence sur le climat Cancun 2010 (Mexique).

Ambiance bon enfant lors du "Dialogue de Petersberg", près de Bonn en Allemagne. Les ministres de l'Environnement du Mexique et de l'Allemagne participent à une opération "Plant for the Planet" organisée par des écoliers de la localité. (Crédits : AFP)
« Briser la glace » et « rétablir la confiance ». C’est en ces termes que Norbert Röttgen, ministre de l’Environnement allemand, a qualifié le « dialogue de Petersberg ». Depuis la conférence de Copenhague et son issue très décevante, le climat entre les négociateurs était plus que glacial. A défaut d’aboutir à des mesures concrètes de lutte contre le réchauffement de la planète, la réunion de Petersberg aura au moins permis de remettre toutes les parties dans le train des négociations.
- Une mise au point pour relancer le processus de négociations
Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC), s’est chargé de la mise au point : « en deux ans il y a eu de multiples rencontres ministérielles mais les engagements de ces ministres n'ont jamais été repris dans le processus de négociation. D'une certaine façon, les négociateurs négociaient sur des points différents de ceux de leurs ministres (…). Or je ne crois pas qu'il puisse y avoir de progrès en novembre à Cancun sans l'engagement des ministres » (Le Figaro).
Une prise de position saluée par les pays développés, qui ont rappelé que les négociations ne devaient pas sortir du cadre de l’ONU. Seul Jean-Louis Borloo, ministre français du Développement durable, a estimé que Yvo de Boer aurait pu faire ces déclarations un peu plus tôt. L’interlocuteur onusien numéro 1, donc l’organisateur des négociations, n’a pas toujours été soutenu dans sa démarche, souvent jugée trop consensuelle et pas assez ferme.
- Négocier dans le cadre de l’ONU
La leçon de Copenhague (négociations officielles et officieuses à tout va) semble avoir été retenue. Pour preuve, Todd Stern, négociateur en chef américain, a reconnu qu’il « est très important d'avoir plusieurs enceintes de discussion. Tout ne peut pas reposer sur les seules rencontres onusiennes. Mais en revanche, si nous voulons un accord, il doit se faire dans le cadre de l'ONU » (Le Figaro).
Yvo de Boer, « monsieur loyal du climat », quittera ses fonctions le 1er juillet prochain, soit cinq mois avant la prochaine conférence sur le climat à Cancun (29 novembre au 10 décembre 2010). Le nom de son successeur devrait être connu dans les prochaines semaines. Une chose est certaine : il (ou elle) aura du pain sur la planche.
- Favoriser les projets individuels pour atteindre les objectifs de l’accord sur le climat
Avant son départ, Yvo de Boer s’assure donc de la bonne relance des négociations. Il semblerait qu’il ait été entendu en ce qui concerne le volet de la déforestation dans les pays pauvres. « Nous avons atteint un consensus sur la protection des forêts, il y a également de bonnes perspectives de consensus pour les transferts de technologies. Un résultat est possible, au moins à Cancun », a déclaré Norbert Roettgen, ministre de l’Environnement allemand. L’Allemagne serait même prête à débloquer une aide de 350 millions d’euros sur ce dossier de la déforestation.
Ainsi, une autre leçon a été retenue depuis Copenhague : profiter davantage des initiatives individuelles pour atteindre les objectifs de réduction d’émission de GES, de transferts des technologie, de lutte contre la déforestation, d’aide au financement pour les pays les plus vulnérables, etc. M. Roettgen a notamment dévoilé une initiative de l’Allemagne et de l’Afrique du Sud : la création d’une plateforme d’échange entre pays riches et pays pauvres pour soutenir les projets de développement durable. Une dizaine de pays, parmi lesquels les Etats-Unis, le Costa Rica, l’Espagne et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, a immédiatement salué l’idée, a ajouté le ministre de l’Environnement allemand.
La Corée du Sud a, de son côté, présenté un nouvel organisme, l’Institut mondial de la croissance verte, qui doit permettre de conseiller les pays en développement sur la baisse de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les activistes de Greenpeace, lors du "dialogue de Petersbourg", sont toujours sur le qui vive en ce qui concerne les négociations sur le climat. (Crédits : AFP)
- Des objectifs de négociations plus réalistes
Une reprise des négociations qui ne doit pas cacher les difficultés, en tout cas la réalité de ces difficultés. La danoise Connie Hedegaard, qui avait présidé la conférence de Copenhague avant sa démission en cours de sommet, est plutôt sceptique sur la conclusion d’un traité. La commissaire européenne chargée du Climat estime cet accord « peu probable ». « Il est extrêmement important que nous disposions d’un ensemble de décisions concrètes à l’issue de Cancun. Mais nous devons nous attacher à un processus réaliste », a-t-elle déclaré à la presse. Un point de vu partagé par Yvo de Boer. « Une bonne conclusion de Cancun serait une architecture opérationnelle sur le changement climatique ».
Pas d’accord contraignant donc en ligne de mire. Faut-il conclure que les pays ont revu leurs ambitions à la baisse ? Les attentes sont peut-être tout simplement plus réalistes. C’est en tout cas l’explication avancée par Todd Stern, le négociateur américain : « il y a des attentes, mais elles ne sont pas au même niveau que l'an dernier (…). Je crois que l'on cherche à faire des progrès solides, concrets et pragmatiques de façon à aboutir à un résultat positif au Mexique » (AFP).
- Un accord toujours suspendu au bon vouloir des Etats-Unis
Côté ONG et associations de défenses de l’environnement, on reste sur ses gardes et on refuse toute naïveté. Martin Kaiser, Directeur de la politique Climat de Greenpeace international, rappelle que tout accord sera impossible sans le vote d’une loi nationale sur le climat aux Etats-Unis. « Les Etats-Unis ont promis dans l’accord de Copenhague une baisse de leur émissions basée sur la législation nationale, mais elle est toujours au point mort. Cela signifie donc qu’ils n’ont pas encore tenu leur promesse, et c’est ça notre plus gros problème ».
A l’heure actuelle, les pays ont transmis à Yvo de Boer et l’ONU leurs objectifs individuels de réduction des émissions de GES. Ces engagements ne permettent cependant pas d’atteindre la limite fixée à 2°C par les experts du GIEC, en ce qui concerne l’augmentation de la température de la Terre. Les engagements des pays ne permettraient de limiter qu’à 3.5 voire 4°C l’augmentation de cette température terrestre.
Bien tout cela, mais que sera devenue la Terre dans 10 ans avec la marée noire du Golfe du Mexique ? Ceci n'était pas encore connu jusque là, en parlera-t-on ? Pas certain