Animateur en centres scolaires : du bonheur à l'état brut

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 

 

Marc approche sagement de la trentaine. Il arbore tatouages bouddhistes et bonnet du Commandant Cousteau, en toute saison. Et cela fait déjà une dizaine d'années qu'il s'occupe d'enfants en tant qu'animateur dans les centres de loisirs et centres de vacances.

 

 

              Deux enfants ça trompe énormément...

 

 

 

Des petites missions et un poste de vacataire

« Je me suis toujours bien entendu avec les petits, même très jeune, donc c'était facile » explique-t-il en toute sincérité. Au début, c'était des petites missions de remplacements dans divers centres de sa région natale, la Normandie. « Comme tu t'amuses bien avec eux, tu continues pendant tes études ! », jusqu'à passer le BAFA (Brevet d'Aptitude aux Fonctions d'Animateur en accueils collectifs de mineurs - ndlr) et devenir vacataire dans un centre assigné. « Après mes études, j'en ai profité pour enchaîner centres de loisirs et centres de vacances »

 

S'occuper de petits bouts (la tranche des 4 à 6 ans) les midis/soirs et les mercredis, plus les vacances scolaires, est différent de prendre en charge 50 gosses, tous les jours, 24h/24 pendant un mois. Après réflexion, « Bon, allez 3 petites semaines. La tranche des 4-6 fait des séjours moins longs, parce que ça devient dur pour eux sans leur famille ». 3 semaines sans lien familial autre que le téléphone (déconseillé) et les cartes postales, cela peut être dur. Mais pas pour tous...

 

Envie de challenges

 

« Bosser dans ma région, c'était pratique, mais j'avais envie de voir ailleurs, connaître d'autres enfants. J'ai donc été affecté avec mon équipe dans des centres de vacances avec des petits de banlieue, de la région parisienne ». Un véritable défi. « On était quasiment en plein choc des cultures ! ». Pas facile « d'apprivoiser » des petits qu'on ne connaît pas, alors des enfants dont tout vous sépare… « De vraies petites teignes, d'après lui. Des enfants difficiles à gérer et volontairement difficiles pour leur si jeune âge ». A se demander d'où peut bien venir cette agressivité, ce rejet. « Pourtant quand t'apprends à les connaître, ce sont de véritables boules remplies d'amour ». Des petites boules pleines d'épines. Plongées dans l'adamantium. Mais indéniablement des petites boules d'amour.

 

Face à cette agressivité, la facilité voudrait que l'on force sur l'autorité, ce qui « n'est pas intelligent ». Les laisser aller vers l'animateur, s'ouvrir d'eux-mêmes à travers des activités pensées et faites pour eux, c'est la solution de cet animateur zen. Il les schématise en balançant ses bras désarticulés dans le vide. S'amuser tout simplement. Etre des enfants. Mais les moyens ne sont pas toujours là pour permettre des sorties élaborées. L'anim' devient alors un pro du système D en faisant beaucoup avec peu. Création d'instruments de musique avec de la recup', ateliers cuisine ou encore chasses aux trésors… Et la magie opère. 

 

Les lieux se remplissent du rire des enfants, de leurs éclats de joie et là, le boulot d'animation prend tout son sens. « Forcément tu t'attaches, parce qu'au fond, malgré leur caractère, ce sont des gosses. Tu connais mieux leur histoire, comme celle de ce petit qui avait des gants de chirurgie dans sa valise - Bah parce que c'est comme le jour où papa est mort ». Voilà. Dit avec la légèreté des mots d'enfant, mais l'impact est le même qu'une balle de plomb reçue en pleine tête.

 

Amener la joie de vivre dans le coeur des enfants

 

« Avec des trucs comme ça, le boulot d'anim' prend une autre dimension, tu ne fais pas que les garder et jouer avec eux, tu leur donnes LE sourire ». La joie de n'être qu'un enfant pendant cette période. « Savoir que tu permets à ces gosses, parfois démunis et privés de vacances, de s'échapper de leur quotidien et profiter, s'amuser, rigoler ? Ca n'a pas de prix». Des gamins en vacances. Peut-être pas des vacances de rêve, mais des vacances comme dans leurs rêves. Cela relègue tout de suite au second plan le salaire de l'animateur (environ 1300 euros, en fonction des villes), loin d'être la motivation première. Même si « c'est clairement plus avantageux de bosser l'été, que pendant l'année, parce que t'es nourri, logé et blanchi. C'est pas négligeable. Et si tu tombes sur des bons sites et une bonne équipe, c'est le pied ! ».

 

L'animation, une philosophie de vie

 

D'autant qu'il est impossible de cumuler deux mois en centres de vacances, pour cause d'effectifs nombreux à faire tourner. Sans compter la fatigue accumulée, qu'elle soit physique ou morale. Mais Marc, ça l'arrange, car il peut voyager entre-temps. Une escapade à destination de Saint-Jacques de Compostelle est en prévision ( « pour les paysages ! » ). Sa passion du voyage n'étant pas en reste, il confie qu'il adorerait aller au Tibet. Ce qui devient périlleux quand, comme Marc, on frise l'agoraphobie. Pourtant être entouré de petits qui crient, courent, s'agitent de partout… Il n'y a rien de plus imprévisible qu'un enfant non ? « Non, parce que ça n'a absolument rien à voir ». Le ton est ferme et décidé. L'atmosphère se fait silencieuse… Se pencher sur la question n'est a priori pas  le sujet.

 

Cet amour du Tibet et son attitude posée avec ces enfants collent donc avec l'énorme Yin et Yang tatoué sur la nuque. « Carrément ! J'aime beaucoup le bouddhisme tibétain, d'où mes tatouages sur les bras ! J'ai d'abord fait le Tigre, un bébé tigre si tu regardes bien, parce que je ne suis pas moine ou quoi hein. En le tatouant, jai senti que tout mon côté gauche pesait, comme si je portais un truc trop grand, trop lourd (le Tigre représente un des quatre points cardinaux, l'Ouest). J'ai rééquilibré le truc en tatouant plus tard un bébé dragon sur le bras droit (le Dragon Azur, est associé à l'Est). D'un coup ça allait mieux ! ».

 

Après le périple au Tibet, la prochaine étape est de devenir directeur dans un centre de vacances (en décrochant le BAFD). Impératif : être avec des gosses aussi durs que ceux qu'il côtoie l'été. « Ce sont eux qui me font pleurer à la fin de mes séjours, dit-il en essayant de cacher des yeux malicieux, eux pour qui j'ai le plus de nostalgie, eux qui me reviennent en mémoire. Leurs visages, leurs bêtises, leurs rires, leurs pleurs ».

 

 

Parce qu'au fond, ce ne sont que des enfants, et que forcément, on s'y attache.

 

Crédits photo : Flickr - Abso-media


Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 6 Mai 2011 à 06:00

 



 
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mardi 10 Mai 2011 à 16:42 Par Louis
 

Très bien écrit bravo.

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