Agro/Biocarburants : pas si simple

 

Un rapport de la Cour des comptes publié récemment se montre mitigé quant aux politiques publiques de soutien à cette industrie qui paraissait si prometteuse sur le plan environnemental lors de son lancement en 2005.

  

     

En premier lieu, l’utilisation de biodiesel pour le gazole, ou de bioéthanol pour l’essence coûte cher au consommateur. Leur rendement énergétique est plus faible que les carburants fossiles, et depuis 2010, les distributeurs d’essence ne respectant pas les objectifs d’intégration de biodiesel (7%) et de bioéthanol (10%) dans la composition totale des carburants doivent s’acquitter auprès de l’Etat de la taxe générale sur les activités polluantes… répercutée sur les prix à la pompe. La Cour des Comptes considère que ces objectifs sont irréalisables, notamment au regard des «  contraintes techniques de qualité des carburants.  » Le surcoût induit par les biocarburants s’élève ainsi, d’après le rapport, à environ 2,30€ pour 50 litres d’essence et 60 centimes pour 50 litres de diesel… au total 3 milliards d’euros entre 2005 et 2010 !

      

En outre, les critiques pleuvent sur ce que beaucoup appellent désormais les « agrocarburants » en raison de leur caractère écologique franchement contesté. Une étude de la Commission européenne publiée à l’automne dernier refuse ainsi de considérer les agrocarburants comme une énergie « zéro-émission ». Les conséquences indirectes liées au changement d’affectation des sols devraient être prises en compte dans le calcul du bilan carbone : une part non-négligeable des huiles végétales destinées à la fabrication d’agrocarburants est importée d’Amérique du Sud, avec des phénomènes préoccupants de déforestation visant à produire plus pour répondre à la demande européenne. 

      

Par ailleurs, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) constate une véritable « concurrence » entre les cultures destinées à la consommation et les cultures visant à produire des agrocarburants. Ce phénomène serait notamment l’une des causes des déséquilibres du marché des matières premières agricoles à l’origine de la hausse des denrées alimentaires depuis 2008.

 

Les politiques nationales de soutien à la filière ont permis de faire de la France le quatrième pays producteur d’agrocarburants avec aujourd’hui 6% des terres agricoles dédiées à ce type de cultures. Mais reprenons les interrogations de la Cour des Comptes : la volonté de développer les agrocarburants est-elle «  une vraie composante d’une politique de protection de l’environnement ou le simple volet d’une politique agro-industrielle  » ?

      

     

Publié par Marion Gautier
le mardi 31 Janvier 2012

 



 
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mercredi 15 Février 2012 à 15:35 Par salve
 

Bonjour à tous,
À voir l'absence de commentaire, doit-on y deviner que peu d'entre nous se sentent concernés par ce qui relève des moyens de transport mis à notre disposition par l'un des secteurs économiques les plus contestables (exploitation pétrochimique, engorgement urbain dû à la voiture, que ce soit en stationnement comme en circulation, etc.)?
Pour ma part, j'essaye de me déplacer le plus possible par mes propres moyens. Et si ce n'est pas possible, en réservant l'usage de la voiture à ce qui est obligatoire :
longs trajets, provisions, déplacements à plusieurs sur de longues ou courtes distances. Parce que le vélo, c'est bien, mais après quelques kilomètres juste à deux dessus + des courses, ça prend une autre tournure : circulation périlleuse à cotoyer les "motorisés", côtes, conditions météos parfois tourmentées, et cætera...
Enfin, cette question. Quand les moyens énergétiques viendront à manquer, devrons-nous faire des choix entre la nourriture et les carburants comme semble l'indiquer la gestion actuelle ? Ou faudra-t-il se trouver une autre manière de consommer : potager, basse cour/chasse, cueillette ? Si toutefois l'environnement résiste à nos coups de boutoir "civilisateurs".

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