Agriculture parisienne, l'histoire qui a pris l'eau

Agri Culture, la chronique du mercredi

 

 

Au Nord-Ouest de Paris, la plaine de Pierrelaye n'est pas un exemple de développement durable. Dans l’histoire de Paris s’entremêlent la gestion des déchets, le traitement des eaux usées et l’alimentation de la ville. Alors que la solution trouvée sous Haussmann était ingénieuse, le manque d’actions par la suite a fait de la plaine de Pierrelaye un désastre écologique et humain. Cet exemple, peu connu, doit nous éclairer pour nos choix de demain.

 

 

Pierrelaye

 

 

L’explosion démographique pose le problème d’une eau saine

 

Au XIXe siècle, la population parisienne augmente brutalement. Cette hausse, engendrée par l’amélioration de l’état sanitaire de la ville et de l’alimentation, est renforcée par l’exode rural qui commence dès la moitié du XIXe siècle. De 650 000 habitants, Paris passe alors à 2 millions. A l’époque, la Seine est à la fois le lieu où les habitants du bassin parisien puisent leur eau et déversent leurs déchets. Très vite, l’eau de la Seine devient insalubre au point de devenir un problème majeur pour la capitale. 

 

Assainir Paris, une urgence majeure

 

De nombreux travaux d’irrigation sont alors réalisés pour amener une eau saine, en quantité suffisante aux Parisiens. Une partie des eaux de l’Ourcq est déviée vers la capitale ; le canal Saint Martin ainsi que le canal Saint Denis sont construits. Mais l’eau qui s’écoule à Paris, qu’elle provienne de la Seine ou de ces nouveaux canaux, reste encore trop insalubre. L’épidémie de choléra de 1832, qui décime la population de la capitale, en est une conséquence directe. Il est urgent d’assainir la ville de Paris, les déchets déversés à même les rues créent par endroits de véritables bourbiers nauséabonds.

 

Eaux usées, déchets ménagers et alimentation

 

Parmi les nombreux travaux réalisés par Haussmann pour assainir Paris, l’un se révèle particulièrement ingénieux. Des canalisations sont construites pour transporter les eaux usées, et donc chargées en matières organiques, afin de les épandre en plein champs non loin de là, sur 2500 ha dans les Yvelines et le Val d’Oise, comme à Pierrelaye par exemple. En plus de l’épandage des eaux usées, des ordures ménagères sont également déversées sur ces champs. Les sols sableux de ces plaines sont alors non seulement irrigués mais aussi fertilisés et deviennent ainsi propices au maraîchage (la culture de légumes et de certains fruits). Ces nouvelles infrastructures permettent de faire d’une pierre deux coups : les déchets de la ville sont traités de manière salubre, et sont valorisés sous forme d’engrais qui servent à faire pousser des légumes pour nourrir Paris ! 

 

Une poubelle entre 1850 et 1930, et après

 

Que trouvait-on dans une poubelle de l’époque ? D’abord des épluchures de fruits et légumes et des restes de cuisine, ensuite du papier journal et un peu de poussière. On pouvait donc en faire un compost de premier choix ! La gestion des déchets et des eaux usées imaginée par Haussmann était plutôt bien pensée. Sans cette irrigation et cette fertilisation, les terres sableuses n’auraient pu être utilisées pour la production vivrière.

 

Mais cette pratique, ingénieuse pour le XVIIIè siècle, a perduré jusqu’en… 1999 ! Or, depuis les années 30, les  plastiques en tout genre, le verre, l’aluminium et autres métaux, les papiers et cartons plastifiés ont envahi nos poubelles ; ce n’est plus un compost riche en matières azotées qui est déversé sur les plaines du bassin parisien, mais des milliers de tonnes de déchets pour le moins du monde bioassimilables. En parallèle, toute une gamme de produits chimiques d’entretien (contenant de l’ammoniaque, du toluène, des traces métalliques…) est apparue dans notre quotidien, s’ajoutant aux eaux usées ensuite épandues. Mais les produits maraîchers continuaient d’approvisionner le marché de Rungis, afin d’être distribués dans toute la ville.

 

Pollution des sols et crise de la vache folle

 

Alors que l’épandage des déchets a heureusement diminué, le système des eaux usées a tenu pendant plus de 100 ans. Dans les années 1990, il a enfin été démontré que les eaux usées entraînaient une pollution aux métaux lourds. Pour autant, aucune décision n’a été prise. En 1999, l’opinion est frappée par les crises sanitaires comme celle de l a vache folle ou du sang contaminé. Dans ce contexte d’inquiétude générale, les préfets des Yvelines et du Val d’Oise prennent la décision d’interdire la mise sur le marché des produits maraîchers provenant de ces zones polluées, comme la plaine de Pierrelaye.  

 

Brutalement, les agriculteurs doivent arrêter le maraîchage et se reconvertir dans la grande culture, alors que les terres, sableuses, n'y sont pas du tout prédisposées. L’ampleur de la présence des métaux lourds dans les sols est confirmée par l’INRA, l’organisme de recherche agronomique public français. C’est un désastre humain et écologique. 

 

Risque de contamination de la nappe phréatique 

 

Les métaux lourds, apportés par la pollution ou l’usure de la roche mère, s’associent aux argiles si le sol en contient. Ces métaux lourds sont alors retenus dans les feuillets d’argiles, et le risque de migration dans les plantes ou dans la nappe phréatique est faible. Mais sur des sols sableux comme ceux de la plaine de Pierrelaye, les métaux lourds ne sont pas emprisonnés par de l’argile. Il y a donc un risque de transfert aux plantes ou à l’eau souterraine. L’interdiction de réaliser des cultures pour l’alimentation humaine prévient les risques à la santé. Mais le risque de transfert à la nappe phréatique est bien présent.

 

La solution: maintenir l’activité agricole

 

Aujourd’hui, il n’existe pas de solution applicable à grande échelle pour dépolluer des sols. Cependant, les métaux lourds ne semblent pas migrer dans les eaux d’infiltration tant que la combinaison agriculture - apport de matière organique est maintenue. Cette combinaison semble avoir le même rôle que l’argile, la matière organique apportée par l’agriculture emprisonnant les métaux lourds. Dans la plaine, cet équilibre du sol est fragile et précaire. L’ONF (Office National des Forêts) suggère la plantation d’une forêt. A la suite de son étude, l’INRA est formel : l’arrêt de l’agriculture, ou la plantation d’une forêt, risquent d’acidifier le sol et de l’appauvrir en matière organique. Cela aurait pour effet l’infiltration des métaux lourds dans la nappe phréatique.

 

Le maintien de l’agriculture, malgré des conditions difficiles, est donc la solution durable à ce problème environnemental délicat. Et ce problème, unique au monde par son genre et son ampleur, trop peu connu du public, nous devons le garder à l’esprit pour nos choix futurs. Car les économies d’aujourd’hui peuvent faire les désastres de demain.

 

 

Source de l'histoire de l'eau: Mairie de Paris

http://www.paris.fr/pratique/Portal.lut?page_id=1315  


Publié par Victor Saint-Père
le mercredi 18 Mai 2011 à 06:00

 



 
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mardi 24 Mai 2011 à 12:48 Par Victor Saint-Père
 

Depuis l’arrêté préfectoral interdisant la production maraîchère pour l’alimentation humaine, la tendance a été de se tourner vers la culture de maïs, pour l’alimentation animale. Mais enchaîner maïs sur maïs année après année augmente le rique de maladies, comme la chrysomèle qui s'est développée fortement sur ces terres depuis 2004. On y cultive aussi du blé pour faire de l’éthanol ou du colza pour du diester. A noter que les sols étant mauvais les rendements sont plus faibles qu’à la normale. Enfin, à partir de 1999, de nombreux agriculteurs ont placé leurs jachères sur les sols pollués (aides PAC).

mardi 24 Mai 2011 à 10:43 Par Nico
 

Je relance la question de Jean, c'est vrai que c'est intrigant ! Qqn a la réponse ?

lundi 23 Mai 2011 à 11:25 Par Jean
 

Mais alors que cultive t on sur ces sols, et surtout ou va le produit de cette agriculture ??

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