Agent de développement local : au carrefour de la ville

Les Anonymes - La chronique du vendredi

 

 

« J’ai pas choisi de faire ce métier, j’y suis arrivé par hasard ». Le hasard faisant bien les choses, Franck, agent de développement local depuis deux ans, se retrouve au centre de l’activité de la ville dont il s’occupe.

Explication d’un outil politique de lien social.

 

 

A la croisée des chemins

 


 

Un métier complexe

« C’est un travail récent, explique-t-il, ça doit faire à peu près 20 ans que ça existe »

L’agent de développement local a trois grandes activités : la « Gestion urbaine de proximité » qui consiste à faire de la veille territoriale, « je fais un état des lieux régulier, ça s’appelle une Note d’ambiance, qui englobe tout : le stationnement, l’éclairage, les relations avec les copropriétés, les commerçants etc. Grosso modo, s’il y a un trou sur la route, je dois le signaler, comment je l’ai su etc.». Deuxième fonction : le « Développement durable ». Tendance certes récente, mais tendance de fond. Franck met en relation les différents acteurs du territoire « pour mettre un peu de vie dans le quartier », à travers des festivités ou du soutien aux associations locales.

 

Dernier point mais pas des moindres, Franck s’occupe de la « Démocratie participative » : « grosso modo, je suis chargé de co-animer la démocratie participative ». Dans les villes de plus de 80 000 habitants, il est obligatoire de mettre en place des relations avec les habitants, accompagnés d’élus, pour réfléchir collectivement sur la municipalité. Ses responsabilités : la logistique, les relations avec les élus et la gestion de la mission dans son ensemble. « S’il y a des visites au Sénat, je m’occupe d’organiser ça, je pilote les réunions, je mets aussi en place des chartes de « Bien vivre ensemble » ».

 

Une vision en demi-teinte

L’agent de développement local est dans une position quelque peu inconfortable, mais intéressante. Il est relié à toutes les strates de la ville : les habitants, les associations et les élus locaux. Pourtant…

 

« On jette un peu de la poudre aux yeux, on est conscient qu’on fait pas grand chose pour les gens ». L’homme est blasé : « je suis un peu l’aiguille au bout de la seringue politique chargée d’anesthésier les gens ». Mais c’est ce qui lui permet d’être objectif et de faire face aux difficultés à concilier la population et la politique locale, deux mondes qui fusionnent en lui. Il nuance quand même ses propos. « Concrètement, les conseils de quartiers ont un avis consultatif : c’est pas 20 ou 50 personnes qui vont décider de la politique de toute une ville ». Les gens s’en rendent évidemment compte et cela les démotive. Mettre en place des plans d’actions, qui n’aboutiront peut-être pas fait partie de son travail.

 

« C’est un travail varié, j’ai pas une journée qui se ressemble, mais c’est prise de tête parce que tu cavales un peu partout ». Prenons l’exemple des fêtes de quartier : « ouais c’est fun quand tu fais la fête, mais toute l’organisation, la logistique en amont, c’est stressant ». C’est un travail qui demande beaucoup de temps et de flexibilité : le but est de travailler avec la population, et donc de travailler sur leurs disponibilités. La grande majorité des personnes impliquées travaillant, il n’est pas rare de faire des réunions le soir ou le samedi matin. Ce qui n’est pas très différent de son ancien travail.

 

Un mal pour un bien

Normalement, pour être agent de développement local, il faut passer par des études supérieures, Master en urbanisme, développement local....

 

« Moi j’ai rien à voir là-dedans. J’étais responsable Jeunesse. Sachant que ce métier va disparaître, j’ai du trouver une solution.  Être animateur ou faire autre chose. J’ai fait tous les métiers possibles et imaginables dans l’animation. Y’a un moment où il faut changer ». Pourtant, toute cette expérience dans l’animation (presque 20 ans) lui a permis d’acquérir une connaissance du terrain, une certaine pédagogie que des « fraîchement diplômés », n’auraient pu avoir que tardivement. Ce savoir-faire lui donne une plus grande capacité d’adaptation. « J’ai pas de problème relationnel, c’est pas un truc qui me gêne. Dans le cadre professionnel, je veux bien faire des concessions, mais pas me compromettre. S’il faut m’embrouiller, je le fais. A partir du moment où ça va à l’encontre de la vie humaine, je ne suis pas d’accord ». Les habitants n’ont rien demandé à personne. « On sait qu’on les sauvera pas, mais voilà ».

 

Le prisme de la ville

« Si tu parlais pas avec moi, mais quelqu’un de plus enjoué, je te dirais que c’est un travail super intéressant ! ». Et il l’est. Franck le sait même s’il se cache sous une carapace indispensable. L’agent de développement local crée une interface entre le domaine public et privé, entre les habitants et les élus. Surtout, la place qu’il occupe est très importante. Dans la vile où Franck travaille, il y a 6 quartiers, donc 6 agents. Et ces 6 agents sont connus de tous. « Je suis un peu une Rock Star dans ma ville ». Les habitants, les gens de l’administration, même les élus connaissent les noms des agents. Cette reconnaissance permet à Franck de voir la ville sous un autre angle ; sous un prisme plus urbain, plus politique. Il comprend mieux la collectivité et facilite la mise en relation avec les gens, les communautés, les acteurs de la ville.

 

Du fait qu’il soit en relation avec tous les services (agglomération, urbanisme, jeunesse,…), son métier a plusieurs facettes. Un travail intergénérationnel avec des enfants et le théâtre de la ville, pourrait être pris en charge par un autre département, mais cela ne serait pas le même regard. Faire sans le métier d’agent de développement local serait possible. Il n’existe ni fonction ni personne d’indispensable. Mais ce serait différent : « Marcher sans chaussures, c’est possible, mais c’est plus compliqué. Bah là c’est pareil ».

 

Et même si pour lui, rien n’est indispensable, cela ne l’empêche pas de prendre son métier au sérieux et d’y mettre du sien. « Pour être à l’aise dans la mission, il faut à peu près 2 ans. J’entre en connaissance avec le quartier, mais j’ai une connaissance fine des gens, des problématiques au bout d’1 ou 2 ans. Là, je suis dans ce nouveau quartier depuis 6 mois, donc je vais pas partir maintenant ».

 

Crédit photo : Flickr/billy_boy_35

 

Publié par Vanessa Chicout
le vendredi 27 Mai 2011

 



 
Réagissez !
Enregistrer
 
Videos Nos reportages
Articles Les + commentés
 
Newsletter Newsletter
Newsletter !

Une info par semaine !