2013: Joyeuse PAC!

Agri Culture, la chronique du mercredi

 


Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est dans une situation de crise alimentaire. Il faut relancer la machine agricole au plus vite pour nourrir les populations. Sur insistance de la France, les pays européens décident de reconstruire le secteur agricole dans le cadre de la Communauté économique européenne, tout juste créée. On est en 1962, c’est le début de la Politique Agricole Commune, la PAC, partagée par les six pays membres de la CEE.


PAC

Les cinq objectifs de la PAC


La Politique Agricole commune a cinq objectifs principaux. « Accroître la productivité de l’agriculture », notamment grâce au progrès technique et à l’emploi optimal des facteurs de productions. « Assurer un niveau de vie équitable à la population agricole » en leur garantissant un revenu minimal. « Stabiliser les marchés », en évitant la surproduction, et par l’entremise d’une organisation commune des marchés agricoles, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), qui stabilise les prix et oriente la production. Si des produits ne trouvent pas preneur, la Communauté les rachète à un prix garanti, plus élevé que le prix du marché mondial. « Garantir la sécurité des approvisionnements » de la population européenne et du reste du monde. Enfin, « Assurer des prix raisonnables » pour l’alimentation des consommateurs.

 

1970 : de nouveaux problèmes


Grâce à la PAC, l’Europe atteint dès les années 1970 une autosuffisance alimentaire. Cependant de nouveaux problèmes se posent. Des excédents de productions voient le jour sur de nombreux produits (lait, vin, céréales, viande bovine). Le stockage de ces produits coûte cher, absorbant une part de plus en plus importante du budget communautaire. Pour maîtriser la production, la Communauté instaure des quotas laitiers en 1984. Pour écouler les excédents, la Communauté subventionne les producteurs européens (« restitutions ») afin qu’ils vendent leur production à moindre coût à l’étranger. Ces subventions à l’exportation sont vivement critiquées, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Europe. Enfin, plusieurs Etats membres se révoltent contre le poids de la PAC dans le budget européen, qui représente jusqu’à 70% des fonds communs en 1984. Depuis les années 70, l’Europe a toujours été en position défensive lors des négociations internationales, limitant ainsi sa marge de manœuvre.

 

La PAC est réformée


Ces nouveaux problèmes obligent la PAC à s’ajuster, par le biais de réformes successives, en 1992, 1999 et 2003. Les excédents diminuent après l’instauration de quotas et de jachères. Le budget de la PAC est réduit (40% du budget européen en 2007). La PAC doit suivre les règles du commerce international (suppression des subventions à l’exportation). Les aides directes aux agriculteurs sont introduites lors de la réforme de 1992, afin d’assurer le revenu minimal garanti sans inciter la surproduction, puisqu’une partie de ces aides sont découplées de la quantité produite.


De nouveaux objectifs viennent compléter le rôle de la PAC. S’ajoute ainsi la préoccupation d’une alimentation saine et de qualité, permise par l’autosuffisance alimentaire. Les mentalités ont également évolué vers une production plus respectueuse de l’environnement et des animaux. Le développement rural est mis en avant (aménagement du territoire, gestion des ressources naturelles) par le 2ième pilier de la PAC, qui alloue des subventions en fonction. 

 

Bilan de santé : préparer 2013


En 2007, sous présidence française, a eu lieu le « bilan de santé de la PAC », afin de préparer les réformes qui redessineront la PAC en 2013. Ce bilan de santé a conduit à la suppression des jachères et l’augmentation progressive des quotas laitiers jusqu’à leur disparition totale en 2015. Les financements seront redistribués, l’accent mis sur les secteurs et régions défavorisés ainsi que sur les 12 nouveaux états membres de l’Union européenne. La part du budget consacrée au développement rural sera aussi augmentée.


La PAC d’après 2013 veut veiller à la bonne gestion des territoires de l’UE, couverts à 80% par l’agriculture et la sylviculture. Les défis qu’elle tient à relever sont également la sécurité alimentaire de la population mondiale, la lutte contre le changement climatique (réduction des émissions du secteur agricole notamment) et le soutien au développement durable dans les zones rurales.


 
Aujourd’hui comme hier, la PAC a toujours été vivement critiquée. En favorisant des productions par des prix garantis, l’Europe s’est détournée de certaines productions, perdant par exemple sa souveraineté en légumineuses. Aujourd’hui, on importe quantité de soja du Brésil pour nourrir nos élevages, à l’heure ou les brésiliens seraient plus fiers de nourrir leur propre population plutôt que nos cochons. Mais une politique agricole forte est un atout indéniable, qui a relevé l’Europe à genoux d’après guerre, et qui a les moyens d’aider l’essor des pays en développement voisins.

 

Image: Victor Saint-Père

Publié par Victor Saint-Père
le mercredi 22 Juin 2011 à 06:00

 



 
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